Pourquoi devient-on accro aux écrans et aux jeux vidéo ? Explications d’un phénomène de société, « l’héroïne numérique »


Pourquoi les applications mobiles ont-elles un pouvoir d’attraction telles que les spécialistes parlent maintenant d’addiction et de vrai problème de santé publique, surtout auprès de la nouvelle génération ? Y aurait-t-il une formule magique qui pourrait avec certitude permettre de concevoir un produit dont l’utilisateur ne pourrait plus se passer ?

Il semble que oui : L’un des co-fondateurs de Facebook a été le premier à l’admettre, lorsqu’en 2015, il a expliqué lors d’une interview que son fameux réseau social avait été conçu en s’appuyant sur le fonctionnement du cerveau, afin de fidéliser ses utilisateurs et créer une accoutumance. Afin de réussir cet « exploit », Facebook a été développé selon la méthode Hook, utilisée depuis pour la plupart des développements des applications mobiles et des jeux vidéos. 

Hook signifie littéralement « crochet » ou « hameçon ». Ce modèle de création de produit a été inventé dans les années 2000 par Nir Eyan, professeur à Harvard. Selon la méthode Hook, une habitude est un comportement qui se répète sans qu’il y ait nécessairement une pensée consciente qui l’anime. C’est un processus quasi automatique, formé dans la répétition grâce à une expérience qui “accroche” l’utilisateur.

L’accoutumance à un produit peut prendre forme si les 4 éléments suivants coexistent et se répètent en boucle :

  1. Les triggers. Il en existe de deux types : les triggers internes qui font appel à des sensations, à des sentiments non conscients et qui font naitre un besoin, comme la solitude, la frustration…  et les triggers externes, qui indiquent explicitement à l’utilisateur l’action à mener pour soulager son besoin (la pub ou les notifications)
  2. L’action, qui doit être initiée par une motivation réelle
  3. La récompense, telles la reconnaissance sociale, l’acquisition d’une compétence additionnelle, avec les fameux « like » de Facebook ou la flamme sur Snapchat
  4. L’investissement : l’utilisateur doit s’être investi personnellement dans le produit (temps pour prendre une photo et la poster par exemple)

Hook2.PNG

Hook part ainsi du constat qu’il existe toujours un élément déclencheur interne ou externe nous poussant à passer à l’action. Ensuite vient le sentiment de satisfaction en réponse à notre action, qui va nous amener à agir une seconde fois afin de recevoir de manière perpétuelle de nouveaux éléments déclencheurs : « la boucle est bouclée ».

Car le bien-être dégagé par la « récompense » fournit au cerveau de la dopamine, l’hormone du plaisir et de la dépendance, la même qui intervient dans le processus d’addiction à la drogue ou à l’alcool. Les psychologues parlent même d’héroïne numérique ! Véritable problème de santé publique, quand on sait malheureusement que les écrans nuisent à notre développement intellectuel.

Il existe d’ailleurs maintenant des cures de désintoxication pour les accros d’Internet …

 

Nir Eyal.PNG
Nir Eyal et son best-seller sur la méthode Hook, écrit en 2016

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s