Le saviez-vous ? La galette des Rois, une tradition française


Aujourd’hui, c’est l’Épiphanie, et nous allons manger la traditionnelle galette des rois à la maison. Mais savez-vous d’où vient cette tradition ? Et pourquoi tirer une fève ?

Le mot Épiphanie est d’origine grecque. Il signifie « apparition ». Il représente le jour où les rois mages venus d’Orient – Melchior, Gaspard et Balthazar -, guidés par la lumière d’une étoile, arrivèrent jusqu’à Jésus, dans l’étable où il est né. Pour célébrer son arrivée et en guise de respect, ils offrirent des cadeaux à Jésus : de l’or, de la myrrhe, de l’encens. L’Épiphanie commémore la visite de ces rois mages.

Jusque dans les années 1960, l’Épiphanie était un jour férié qui tombait le 6 janvier, soit 12 jours après Noël. Mais en 1965, le Vatican a décidé que l’Épiphanie serait célébrée le premier dimanche suivant le 1er janvier. De nombreux pays cependant ont conservé la date originelle du 6 janvier, comme la Pologne.

D’où vient cette tradition de « tirer les rois » ?

« Tirer les rois » a toujours existé. Autrefois, les Romains fêtaient les Saturnales, fêtes du solstice d’hiver, qui consistaient à désigner le roi ou la reine d’un jour, au moyen d’une fève blanche ou noire cachée dans un biscuit. Ce jour-là, maîtres et esclaves étaient sur un pied d’égalité – mangeant à la même table, et le roi pouvait réaliser ce qu’il voulait et donner des gages.

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Représentation romantique des saturnales romaines

La fève symbolise la fécondité et la promesse d’une renaissance, car l’embryon qu’elle contient germera au printemps. De plus, elle a toujours été sacralisée, notamment chez les Grecs qui pensaient qu’elle contenait l’âme des morts, et chez les Romains, lesquels jetaient des fèves dans le dos les 9, 11 et 13 mai pour chasser les ombres des défunts.

Au XIème siècle en France, on retrouve ce même type de tradition : on avait pour habitude de désigner son chef en cachant une pièce d’or ou une fève dans un morceau de pain. Celui qui la trouvait était alors élu. Puis sous Louis XIII (14ème siècle), les dames de la cour tiraient la fève pour devenir reine d’un jour et pouvaient demander au roi un vœu dit « grâces et gentillesse ». Cette coutume fut abolie par le Roi Soleil Louis XIV.

La tradition du « roi boit » a été attestée à la même période. Celui qui tirait la fève, à l’époque cachée dans un gâteau ou une brioche, se devait d’offrir une tournée à l’assemblée. On dit que les plus avares avalaient la fève pour ne pas avoir à payer à boire.

Les couronnes apparurent dès le XVè siècle, comme attribut de la royauté. Elle étaient en plomb et étain avec dessus le nom des Mages et des fleur de lys. Elles protégeaient les pèlerins et voyageurs, à l’image des rois mages, leurs patrons. Elles disparurent à la Révolution pour réapparaitre ensuite dans les foyers.

Au XVI° siècle, le gâteau des rois faisant l’objet d’une guerre féroce entre les boulangers et les pâtissiers, chacun voulant le monopole de la vente, le roi en accorda le droit aux pâtissiers. Les boulangers contournèrent leur interdiction de vendre des gâteaux des rois en les substituant par des galettes qu’ils offraient à leurs clients. Ainsi était née la Galette des Rois.

galette moyen age
Dégustation de la galette à la Cour au Moyen Age

En 1875 apparaissent les fèves en porcelaine de Saxe, représentant l’enfant Jésus. Sous la Révolution, on remplace l’enfant Jésus par un bonnet phrygien. En 1913, les fèves proviennent des ateliers de Limoges. Au début, il s’agissait de poupées, puis de baigneurs puis de bébés emmaillotés, signe de fécondité. Ont suivi des symboles de chance et des animaux. Au début du XXe siècle, un Monsieur Lion lance une fève en forme de lune avec au dos le nom et l’adresse de son commerce. C’est la première fève publicitaire. Les premières fèves en plastique apparaissent dans les années 1960, moins chères que la porcelaine.

Les coutumes ont bien évolué depuis 150 ans. Jadis, la galette était partagée en autant de parts que de convives, plus une. Cette dernière, appelée « part du pauvre », était destinée au premier pauvre qui se présentait au logis. Aujourd’hui, la tradition perdure de faire tirer les rois par le plus jeune enfant de la famille, au cœur innocent, qui se glisse sous la table et désigne la part de chacun.

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La « part du pauvre », illustrée dans le Petit Journal de 1908

Et ailleurs ?

La pâtisserie dégustée change en fonction de la région et du pays. Dans les différentes régions de France, la galette prend différents noms et différentes formes :

  • galette des rois en Ile-de-France
  • pithiviers dans le Loiret
  • couronne des rois en Provence et en Languedoc
  • pastis ou brioche dans le Sud de la France
  • galette comtoise en Franche-Comté
  • nourolle en Normandie
  • garfou ou galfou en Gascogne et Béarn
  • pogne ou epogne dans le Dauphiné
  • dreykönigskuchen en Alsace
  • tortell en Catalogne
  • couronne bordelaise en Aquitaine
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Couronne des Rois de Provence

Dans les pays étrangers, la galette des rois est ainsi nommée et aussi consommée au Québec, en Suisse, au Luxembourg, en Belgique et au Liban. Dans d’autres pays, l’Épiphanie est fêtée et revêt différentes traditions :

  • Les allemands mangent un gâteau des Rois, le plus souvent un anneau de pâte dorée remplie d’orange et d’épices, représentant l’or, l’encens et la myrrhe. Il peut prendre la forme de sept petits pains en cercle, formant une couronne. Ou il peut être fait de riche pâte à pain de Noël typique à la cardamome et au sucre.
  • Au Portugal, le bolo rei est en forme de couronne et arbore des fruits confits rappelant des pierres précieuses.
  • En Angleterre, on mange le «gâteau de la 12ème nuit», le Twelfth Night Cake. Il s’agit d’un gâteau aux fruits accompagné de bière épicée, avec un haricot sec pour le roi et un petit pois pour la reine dissimulés dedans.
  • En Espagne, la galette s’appelle le roscón. En plus de l’Épiphanie c’est le jour où les enfants reçoivent leurs cadeaux de Noël.
  • Dans le sud des États-Unis, la tradition de tirer les Rois existe sous le nom de king cakes. C’est une brioche avec un glaçage violet, vert et jaune, la fève étant vendue à côté car considérée comme dangereuse en cas d’ingestion.
  • En Grèce, la galette s’appelle vassilopita, avec la particularité d’avoir une pièce de monnaie en guise de fève, pour avoir de la chance toute l’année.
  • En Belgique et aux Pays-Bas, on mange une galette à base de pâte d’amande. Pendant la journée les enfants parcourent les rues en chantant la chanson de l’étoile et font du porte à porte pour recevoir des mandarines et des bonbons.
  • En Italie et particulièrement à Rome, en plus de recevoir leurs cadeaux un peu plus tard comme en Espagne, c’est une sorcière (la Befana) qui apporte la galette aux enfants. On confectionne de jolis biscuits en l’honneur de Befana que l’on nomme les Befaninis.
  • Au Danemark, le kransekage est un gâteau en forme de couronne très impressionnant par sa hauteur et sa décoration soignée. Une amande est cachée à l’intérieur.
  • En Croatie, on dépose le 25 décembre une couronne de pain tressée au centre de la table pour le repas de Noël. Elle y reste jusqu’au 6 janvier, jour du passage des Rois mages.
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Gâteaux des rois aux États-Unis, au Portugal, et en Croatie

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