Pourrons-nous un jour habiter les zones extrêmes ?


Cet été, vingt volontaires de 25 à 45 ans, sélectionnés parmi un millier de candidats mais dont aucun n’est professionnel de la survie, vont partir pour une série d’expéditions dans les milieux les plus extrêmes du globe. Le nom du projet : Adaptation. Le programme de recherche : HAIS, Human Adaptability in Situ. Les voyages : des séjours de quatre fois un mois dans des environnements extrêmes, hostiles à l’homme. Le but : comprendre comment l’espèce humaine peut s’adapter au changement climatique et à l’environnement de demain, et s’il pourrait un jour occuper les moindres recoins du globe.

Aujourd’hui, 15 % des humains, soit 100 millions d’individus, habitent au-dessus de 3500 mètres, principalement sur les hauts plateaux andins et en Asie centrale. Or, comme un quart de la surface des terres émergées est occupé par les montagnes, on imagine aisément que dans quelques temps, ces zones seront davantage peuplées par manque de place ou suite à la transhumance des peuples des zones à risque. De la même manière, on imagine aussi demain vivre sous terre, dans des villes enfouies pour éviter la chaleur. C’est le cas déjà en Chine avec 2 millions d’habitants sous-terrains dans la ville de Pékin, ou encore à Coober Pedy en Australie, village créé pour échapper aux températures extrêmes.

Le scientifique à la tête de cette expérience est Christian Clot, l’explorateur de l’extrême. Vice-président de la Société des explorateurs français, membre de la Société de géographie et de la Royal Geographical Society, Christian Clot se consacre depuis vingt ans à l’exploration. Il a réalisé des traversées au long cours et des travaux dans tous les terrains, de la mer à la montagne, des forêts aux déserts. Depuis 2005, il a monté plusieurs programmes d’étude sur les capacités d’adaptation de l’humain sur le plan cognitif, physiologique et psychologique.

Il a réalisé seul la première expédition du projet Adaptation dans le cadre de HAIS. Celle-ci a duré 6 mois en totale autonomie, sans assistance ni communication, et lui a fait traverser quatre milieux parmi les plus hostiles de la planète : le désert iranien sous une température de +57°C, le détroit de Magellan en mer de Patagonie dans les tempêtes et à -40°C, la forêt Amazonienne avec ses +44°C, et les monts russes de Sibérie à -58° (-85°C ressentis).Cette première expédition en solo a permis à Christian Clot et à son équipe scientifique de vérifier la faisabilité des expéditions sur le terrain et des protocoles menés, ainsi que de valider les hypothèses de recherche.

La seconde partie de l’expérience, appelée « Mission 20« , sera différente : au lieu de partir seuls, le groupe de 10 femmes et 10 hommes voyageront tous avec l’explorateur, afin de mesurer l’apport des interactions sociales et du collectif dans l’adaptation au changement. Le groupe est très disparate : sportifs confirmés ou occasionnels,  docteurs et sans-diplôme… L’enjeu est de constater les relations biologiques au sein d’un groupe riche de ses différences, et les synchronisations énergétiques cérébrales.

hais trajet mission 20
Le programme de la seconde expédition, en groupe

Car au delà de la volonté de tester les limites personnelles, la vraie question est de savoir comment l’homme et sa société s’adaptera demain aux changements profonds de l’environnement, qui sont les plus importants jamais vécus dans l’histoire de l’Homme. Et d’évaluer la capacité d’adaptation du groupe pour s’assurer un avenir sur notre planète. « Mission 20, c’est un groupe paritaire qui devra faire preuve de collaboration, de persévérance, de créativité individuelle et collective, de courage et de résilience pour s’adapter aux changements qu’il va vivre », peut-on lire sur le site adaptationexpe.com.

hais groupe mission 20
Le groupe des 20 volontaires de Mission 20

Nous connaissons très mal le cerveau humain puisque la quasi-totalité des études sont effectuées sur des animaux (souris, rats, singes) ou en laboratoire aseptisé. L’objet du programme HAIS est de tester en réel la façon dont évoluent et s’adaptent notre physiologie et notre cerveau, afin de mieux comprendre nos capacités et mieux former les humains à vivre demain.

Les premières expériences de Christian Clot en solo ont démontré l’incroyable plasticité du cerveau lorsqu’il est poussé en situation de crise, ou dans ses retranchements. Un certain nombre de résultats ont déjà été mis en évidence, comme les capacités de variabilité corticales, la difficulté d’apprentissage durant les situations complexes, l’indispensable nécessité du repos cortical, et pas forcément grâce au sommeil mais plutôt au plaisir… « Nous avons cette force en tant qu’êtres humains de faire des erreurs, avec nos émotions, nos sentiments et nos décisions irrationnelles. Je pense que c’est ce qui peut nous sauver », dit-il, en insistant sur les apports de la peur et de l’émerveillement, deux composantes essentielles qui nous font repousser nos limites.

 » Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements ». Charles Darwin, citation gravée dans le marbre du hall de l’Académie des sciences de Californie.

hais tests
Christian Clot pendant les tests après l’une des expéditions Adaptation

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