Les Galeries Lafayette, 120 ans d’histoire


Le grand magasin du boulevard Haussmann est le deuxième monument le plus visité de Paris, après la Tour Eiffel. Depuis cinq générations, les Galeries Lafayette sont une entreprise familiale. Elles ont traversé les époques, les guerres et les crises financières, prouvant leur capacité d’innovation. Voici leur histoire.

Le 15 janvier 1894, deux cousins alsaciens, Théophile Bader et Alphonse Kahn, ouvrent un magasin de nouveautés dans une petite mercerie de 70 m2, à l’angle de la rue La Fayette et de la rue de la Chaussée d’Antin. L’emplacement, qui donne le nom au magasin, est stratégique car à proximité des lieux de passage que sont l’Opéra, la gare Saint Lazare, et les grands boulevard.

La modeste boutique connaît rapidement un grand succès et commence à s’agrandir, rachetant d’abord la totalité de l’immeuble (en 1896), puis les immeubles avoisinant (en 1904), créant un énorme lieu de vente.

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En 1907, Théophile Bader confie les aménagements de ce nouvel espace à l’architecte Georges Chedanne. Mais, c’est véritablement en 1912, sous l’impulsion de son élève Ferdinand Chanut, que le magasin acquiert une nouvelle ampleur. Ferdinand Chanut fait appel à des artistes de l’École de Nancy pour la décoration, en respectant les innovations technologiques du moment (le béton armé), mais aussi le style Art Nouveau de l’époque. La rampe de l’escalier monumental, inspiré de l’Opéra Garnier, est signée Louis Majorelle, à qui l’on doit également les ferronneries des balcons. Le maître-verrier Jacques Gruber conçoit les vitraux de l’imposante coupole de 43 mètres de haut, dans un style néo-byzantin. La verrière à double enveloppe permet que le vide d’air entre les deux parois constitue un tampon thermique protecteur face aux variations de température. Les vitrines sont théâtralisées pour mettre en avant les produits vendus. Enfin, au sommet du bâtiment, la terrasse offre une vue panoramique sur Paris.

Selon les vœux des fondateurs, une lumière dorée venant de la coupole, inonde le grand hall et fait scintiller la marchandise. Le rêve de « bazar de luxe » des cousins prend enfin vraiment forme avec cet espace digne des mille et une nuits.

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A la fin de l’année 1912, Alphonse Kahn, malade, vend ses parts à Théophile Bader qui poursuit la transformation : Aux 96 rayons existants viennent s’ajouter des espaces à vivre, tels qu’un fumoir, un salon de thé et une salle de lecture. Le shopping devient une activité de loisir et « the place to be ». Du papier à lettre aux armes des Galeries est mis à disposition des clientes afin qu’elles puissent répondre à leurs amies en leur prouvant qu’elles fréquentent le magasin.

Dès l’origine, les Galeries Lafayette affirment leur vocation : la mode et la nouveauté. Le credo de Théophile Bader : démocratiser la mode. Il se met donc à copier les pièces de couture à la pointe, et à les produire dans ses unités de production sous sa propre marque. Il fait ainsi de son magasin l’adresse incontournable non seulement des bourgeoises de Paris, mais aussi des ouvrières de la couture. Tout Paris se presse aux Galeries et le succès est colossal. Sur la façade de la rue La Fayette on peut lire : « Les Galeries Lafayette, maison vendant le meilleur marché de tout Paris ».

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Le magasin poursuit sa diversification dans les années 20, avec la confection pour homme, l’ameublement, les jouets et arts de la table, et l’ouverture d’enseignes en province, à Nice, Lyon, Nantes et Montpellier.

En 1922 s’ouvrent les ateliers d’arts appliqués «La Maîtrise» confiés au décorateur Maurice Dufrêne. La vocation de ces ateliers est de produire des œuvres (meubles, tissus, tapis, papiers peints, céramiques…) «à la portée des Petits aussi bien que des Grands».

Malgré la crise économique et financière de 1929, les Galeries Lafayette se lancent dans de nouveaux agrandissements sur le boulevard Haussmann. En 1930, Patou, l’architecte des paquebots Île de France et Normandie, reprend la décoration extérieure dans le style « paquebot ». Les fenêtres sont occultées dans le but de « perdre » le client, afin qu’il ne sache plus s’il fait jour ou noir, s’il pleut ou s’il fait beau, dans l’intention de le faire acheter.

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Les Galeries Lafayette pendant les grèves de 1936

Mais la guerre arrive, et la famille (d’origine juive) est écartée du magasin placé sous l’administration de Vichy jusqu’à la Libération. Théophile Bader meurt en 1942, et l’entreprise est reprise par ses gendres, Max Heilbronn et Raoul Meyer.

Après les années noires de la Seconde Guerre mondiale s’amorce la reprise économique de l’entreprise. Les Galeries Lafayette font peau neuve en 1951 en installant l’escalator le plus haut d’Europe. Peu après, les halls intérieurs sont supprimés et en 1959, et le bâtiment est surélevé de deux étages.

 

Au début des années soixante, de jeunes stylistes lancent le prêt-à-porter, entre haute couture et confection traditionnelle. Les Galeries Lafayette investissent sur ces jeunes talents en mettant à leur disposition de petites boutiques ou corners dans le magasin. La première créatrice à l’honneur est Sonia Rykiel, puis ce sera au tour de Daniel Hechter, Pierre Cardin, Yves Saint-Laurent…

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En 1969, un nouveau magasin pour les jeunes voit le jour de l’autre côté de la rue de Mogador, «le club 20 ans». Cet espace rassemble pour la première fois plusieurs familles de produits (vêtements, drugstore, musique) adaptées à un style de vie. Il donnera lieu ensuite au magasin de la mode masculine puis au Lafayette Gourmet. Les Galeries Lafayette deviennent ainsi le premier «centre urbain de facilités», qui réunit boutiques, services, parking et accès direct au métro.

En 1974, les arts déco n’étant plus à la mode, on démonte l’escalier d’honneur pour aménager au rez-de-chaussée des boutiques de prestige. Des directeurs artistiques renommés se succèdent pour mettre en scène les marques et les manifestations, comme Karl Lagerfeld, Robert Wilson, Marie-Claude Pietragalla ou Jean-Paul Goude, lequel insuffle un nouvel esprit avec des campagnes décalées.

En 2004, le rachat du magasin Marks & Spencer en face permet la création du Lafayette Maison. Désormais, les Galeries Lafayette affichent leurs trois facettes sur le boulevard Haussmann.

Voici quelques anecdotes sur ce magasin mythique :

 

  • Le double « t » du logo cache le dessin d’une petite Tour Eiffel épurée qui fait référence aux origines parisiennes du magasin.

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  • Les 10 blasons qui surmontent les piliers du grand hall symbolisent les villes industrielles fournissant les Galeries en 1912 : Lyon pour la soie, Saint-Étienne pour la rubanerie etc.
  • En janvier 1919, l’aviateur Jules Védrines accomplit l’exploit de poser son avion sur la terrasse du dernier étage (30 mètres de long). Il gagne ainsi le concours organisé par le magasin pour se faire de la publicité, bien qu’interdit par les autorités. Il dut payer une amende de 16 Francs, mais son exploit lui rapporta 25000 Francs… Une stèle située sur le toit commémore cet exploit.
  • Le surnom du magasin dans les premières années était «Galeries Farfouillettes».
  • En 1982 pour le tournage du « Père Noël est une ordure », Gérard Jugnot doit réaliser une scène où il fait de la pub pour un club de strip-tease devant les Galeries Lafayette. Le magasin n’ayant pas autorisé le tournage du film considéré comme subversif, l’équipe du film décide de passer outre : planqués dans des camionnettes, ils parviennent quand même à tourner devant les Galeries, en sortant rapidement sans se faire voir… mais les vigiles veillant au grain, Gérard Jugnot a quand même fini au poste de police et a été verbalisé pour « port illégal de la tenue du Père Noël »…

 

 

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