Paul-Emile Victor, l’aventurier du froid


« J’ai horreur du froid, j’ai horreur de la neige, j’ai horreur de la glace…et pourtant j’ai vécu 50 ans de ma vie comme ça. » C’est ainsi que Paul-Émile Victor, le plus célèbre des aventuriers polaires français, se définissait.

Né en 1907 dans le Jura, il se passionne tout jeune pour les pôles et les récits d’exploration. Doué en dessin, il délaisse la fabrique familiale de pipes et stylos pour faire des études d’ethnographie. Étudiant brillant, il multiplie les diplômes : ingénieur de l’École Centrale de Lyon, licencié des Sciences et des Lettres.

En 1934, à tout juste 27 ans, il s’embarque sur le navire du Commandant Charcot à destination du Groenland, le célèbre trois-mâts Pourquoi Pas ? Cette expédition organisée pour le Musée de l’Homme, a pour but la rencontre des Inuits du Groenland. Le Commandant Charcot le dépose, avec trois compagnons, pour un an sur la côte est du Groenland, chez les Eskimo d’Ammassalik. Ce périple changera sa vie. C’est le début d’une carrière tout entière consacrée aux pôles.

Paul-Emile Victor (à gauche) avec ses trois compagnons de voyage, devant le navire du commandant Charcot au Groenland

L’année suivante, il part seul pour effectuer la traversée du désert de glace du Groenland d’ouest en est en traineaux à chien, et reste 14 mois à vivre avec les Esquimaux. Il poursuit son exploration des côtes groenlandaises, et documente de manière inédite la vie de ces peuples du Grand Nord.

Il repart en 1939 faire un séjour d’études ethnographiques en Laponie, avec les docteurs Michel et Raymond Latarjet.

De retour en France, la seconde guerre mondiale s’étant déclarée, il s’installe aux États-Unis et s’engage en tant que pilote dans l’Armée de l’Air américaine (US Army). Fort de sa connaissance topographique des pôles, il est chargé des unités spéciales chargées d’effectuer des missions de sauvetage des équipages aériens en Alaska, au Canada et au Groenland.

Après la guerre, il continue de sillonner le globe à la découverte de terres inconnues, organisant des missions scientifiques extrêmes. Pour mener à bien ses travaux, il crée en 1947, avec le soutien du gouvernement français, les Expéditions Polaires Françaises, structure qui permet d’assurer la logistique et le financement des missions de recherche scientifique dans ces zones hostiles. A la tête des EPF, Paul-Emile Victor conduit de nombreuses expéditions au Groenland (Arctique) et en Terre Adélie (Antarctique) où est construite une base scientifique française permanente. Plus de 150 expéditions seront organisées. Elles ont contribué à la publication de nombreux livres scientifiques, mais aussi de vulgarisation.

Durant cette décennie, il devient également Chef de l’Expédition Glaciologique Internationale au Groenland (EGIG), Président du Scientific Committee on Antarctic Research (SCAR), et Président du Comité Antarctique Français pour l’Année Géophysique Internationale (AGI).

Paul-Emile Victor obtient le prix de l’Académie française en 1973, pour l’ensemble de son œuvre littéraire et est élevé à la dignité de Grande Croix de la légion d’honneur.

paul emile victor.JPG

En 1974, alors que la France est entrée en pleine époque consumériste, il fonde avec Jacques-Yves Cousteau, Alain Bombard, Haroun Tazieff et Louis Leprince-Ringuet, le groupe Paul-Emile Victor pour la défense de l’homme et de son environnement. Car Paul-Emile Victor n’est pas seulement un explorateur. Il a été, avant l’heure, un pionnier de l’écologie, alertant l’opinion publique sur la nécessité de protéger une nature plus que jamais menacée.

Prenant sa retraite en 1977, il part s’installer avec sa famille sur une île déserte de la Polynésie Française, où il dessine, peint, et expose ses œuvres. En 1987, pour fêter ses 80 ans, il retourne en Terre Adélie puis au Pôle Nord.

Il s’éteint sur son îlot à 92 ans, le 7 mars 1995 et sera, selon sa volonté, immergé au large de Bora Bora.

Paul-Émile Victor a incontestablement marqué son époque en ayant toujours un temps d’avance sur les autres. Ethnologue, scientifique et écrivain, mais aussi peintre, il est l’un des premiers à avoir témoigné et alerté l’opinion publique pour la défense de la Terre et la sauvegarde de la nature. « J’ai toujours vécu demain… et même après demain», Paul-Émile Victor.

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