Les terres et mers Australes françaises désormais inscrites au Patrimoine Mondial de l’Unesco


Les terres et mers australes françaises ont été classées hier au patrimoine mondial de l’Unesco. Ce territoire se trouve au Sud de l’océan Indien, entre les quarantièmes rugissants et les cinquantièmes hurlants. Il comprend l’archipel Crozet, les îles Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam, un ensemble de sites essentiellement marins de près de 673 000 km², qui appartiennent à la Réserve naturelle des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF), en compagnie notamment de la Terre Adélie. Ce classement par l’Unesco, voté à l’unanimité, en fait l’une des plus grandes aires marines protégées à l’échelle mondiale.

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Ces îles ont été découvertes en 1772 par le navigateur breton Yves Joseph de Kerguelen de Tremarec, et le capitaine Marion-Dufresne, alors à la recherche de la mythique Terra Australis, la « face cachée du monde ». Arrivés sur place, ils les appelèrent iles de la Désolation, témoignant de leur distance et de leur climat rude. Elles sont restées depuis, malgré quelques tentatives de colonisation, dépourvues d’habitants permanents. Depuis 1950, la France maintient une présence sur l’archipel, où est installée l’une des sept bases de l’institut polaire français.

À plus de 2.000 km de tout continent, ces petits bouts de terres volcaniques au milieu de l’océan Austral constituent une véritable oasis de vie pour de nombreuses espèces à fort enjeu de conservation qui viennent s’y reproduire. On y trouve la plus forte concentration d’oiseaux marins au monde, la plus grande diversité d’oiseaux et mammifères marins, et des eaux riches et diversifiées.

Plus de 50 millions d’oiseaux y vivent, manchots, albatros, pétrels, cormorans, gorfous, skuas, damiers du Cap, etc… En tout, 47 espèces différentes dont sept endémiques. Parmi eux, la plus grande population de manchots royaux au monde sur l’archipel Crozet, qui inquiète les scientifiques car diminuant fortement depuis quelques années. L’île d’Amsterdam abrite, quant à elle, la plus grande colonie d’albatros à bec jaune, ainsi que l’albatros d’Amsterdam, espèce endémique dont il ne reste à ce jour que 32 couples.

Le site classé compte également l’une des plus fortes concentrations de mammifères marins au monde, avec notamment la plus grande population mondiale d’éléphants des mers australes sur les Kerguelen. Y vivent aussi otaries et phoques. A la convergence de trois fronts océaniques, la biodiversité marine riche (poissons, crustacés, calamars, oursins), constitue la principale ressource alimentaire des oiseaux et mammifères marins.

Depuis soixante dix ans, ces îles sont dédiées à la recherche sur la faune et la flore, mais aussi sur la météo. Des mesures de concentration de CO2 sont effectuées depuis 1980 sur l’île Amsterdam, station météo la plus ancienne au monde après celle d’Hawaï. On y prélève l’air qui se dit être le plus pur du monde et qui sert d’étalon pour les laboratoires américains et français. Environ 200 personnes y résident, essentiellement des scientifiques. Ils sont ravitaillés tous les trimestres depuis l’île de la Réunion, par le navire Marion Dufresne, qui met deux semaines jours pour y aller, sans escale, dans un océan souvent agité.

Marion Dufresne

Certaines de ces îles sont en outre interdites d’accès. La pêche y est très strictement encadrée et le territoire protégé par des bateaux de la marine nationale, le patrouilleur polaire Astrolabe, et un réseau de suivi satellite.

Car malgré son isolement, le site est menacé par l’introduction d’espèces invasives et le réchauffement climatique. Par exemple, des lapins ont été introduits par les scientifiques d’une mission britannique de 1874. Depuis ils prolifèrent et cause des dégâts dans les prairies. Le site est également convoité pour ses ressources minérales qui se trouvent dans les grands fonds marins, comme les nodules polymétalliques et amas sulfurés, utiles aux industries de pointe (télécommunications, armement, énergies renouvelables), et sur lesquels ont toujours lorgné la Chine et l’Inde.

Le gouvernement français a salué ce classement à l’Unesco, qui « représente autant une grande responsabilité pour la France qu’une reconnaissance de la richesse de notre biodiversité« , selon les mots du ministre de l’Écologie François de Rugy. Il renforce ce devoir de protection, sous l’eau, comme à l’air libre.

TAAF

 

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