Matera, l’une des villes les plus vieilles du Monde


Je vous fais partager aujourd’hui l’une des destinations de mes vacances d’été, la ville de Matera. C’est dans la région de Basilicate au sud de l’Italie, qu’on peut découvrir cette ville unique posée sur un éperon rocheux du plateau de la Murgia. Moi je l’ai visitée mi-août, au milieu de notre périple entre les Pouilles et la côte amalfitaine.

Matera est l’une des villes les plus anciennes au monde, avec Alep et Bethléem. Avec Petra en Jordanie, c’est aussi la plus ancienne colonie habitée en continu dans l’histoire de l’humanité.

Son nom dériverait des initiales de Metaponto et Héraclée, villes qui furent détruites et dont les réfugiés ont pu venir s’installer ici au IIIe siècle avant JC.

Au premier abord, Matera ressemble à une crèche de Noël géante (la ville s’étend sur 30 hectares). Situées au bord d’un canyon creusé par la rivière Gravina, ses habitations, creusées dans la roche (du tuf, un matériau calcaire friable et facile à façonner), sont enchevêtrées les unes aux autres, celles du bas servant de support à celles d’au-dessus.

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Ces habitations troglodytes typiques de Matera, appelés Sassi (« cailloux » en italien), servaient déjà de refuge aux hommes du Néolithique il y a 6000 ans. A l’époque, pas de maison à proprement dite, mais juste des cavités à même la roche. Les Grecs et les Romains s’y installèrent ensuite, puis les moines byzantins les transformèrent en chapelles et mirent en place des systèmes de petits canaux conduisant l’eau dans les citernes communales. Mais c’est au VIIIe siècle ap. JC que se développèrent réellement les Sassi, qui devinrent des refuges pour les paysans lors des batailles incessantes que se livraient Byzantins, Lombards et Sarrasins.

Dans ces logements précaires de trois ou quatre grandes pièces, chacun sculptait son mobilier (éviers, niches, bancs, fours, auges, pressoirs à olives…) dans le tuf, comme les autels pour les églises. Les blocs extraits servaient ensuite à construire les façades des maisons. On parquait les animaux tout au fond, là où l’oxygène et la lumière se faisaient plus rares, la chaleur corporelle et les excréments des bêtes réchauffant l’atmosphère. On cuisait le pain dans les fours communaux, chaque famille dessinant dans la pâte un motif d’identification. Les Sassi étaient par ailleurs construits en fonction des positions du soleil en hiver : il fallait que la lumière puisse arriver dans les pièces du fond. Et, comme il était pratiquement impossible de distinguer sa propre maison dans le labyrinthe des quartiers, on prit l’habitude de monter des cheminées très personnalisées permettant à chacun de mieux signaler sa demeure.

Une fois la première maison construite, s’en sont ainsi ajoutées d’autres, et encore d’autres, pour devenir finalement une série d’habitations empilées, de galeries et de ruelles tortueuses perchées les unes sur les autres, se transformant en une gigantesque sculpture, un miracle de l’urbanisme.

Au XVIIIe siècle, la réforme napoléonienne sonna le glas pour les Sassi. L’uso civico qui avait permis l’utilisation des terrains communaux par les agriculteurs fut aboli. Les classes aisées déménagèrent vers les niveaux supérieurs de la ville (la Civita, ville « classique » construite sur le plateau au dessus des Sassi), et les logements abandonnés furent occupés par des groupes de familles paysannes (en général, une dizaine) qui se partagèrent l’espace. Mais les conditions de vie s’aggravèrent rapidement. Lorsque la surpopulation prit un caractère aigu à la fin du XIXe siècle, de nombreuses familles n’eurent pas d’autre choix que de retourner au mode de vie troglodyte, occupant de vieux habitats déjà construits ou creusant de nouvelles cavités.

Mais en 1945, le roman de Carlo Levi « Le Christ s’est arrêté à Eboli » est un électrochoc pour l’Italie : très réaliste, il décrit les conditions difficiles des habitants de Matera, dans cette région du Sud oubliée, et la compare à l’Enfer de Dante. 15 000 personnes à l’époque habitent dans les Sassi. La mortalité infantile y atteint les 50%, on se chauffe encore au fumier, cohabite avec les animaux, et dans le ravin qui enserre la ville, malaria, typhus et tuberculose rôdent parmi les déchets. Le pays se rend compte de l’extrême pauvreté de la région et de l’insalubrité de la ville, qu’on qualifie de «honte pour l’Italie». Pour le gouvernement de Gasperi qui veut une Italie moderne, cet état des choses n’est plus possible. Un débat national aboutit à la fermeture des Sassi et à l’installation des habitants dans des HLM en périphérie.

Pendant longtemps après, les Sassi restèrent inoccupés. En 1986, le gouvernement décida de restaurer les grottes à l’abandon et les Sassi retrouvèrent peu à peu leurs lettres de noblesse. 7 ans plus tard, l’Unesco les inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité.

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Aujourd’hui, la moitié des Sassi a été rénovée et abrite quelques milliers d’habitants, et on découvre tous les jours une nouvelle église rupestre (il y en a 150). La ville renaît, des hôtels s’installent dans les Sassi rénovés et viabilisés.

Avec ce fabuleux décor biblique, rien d’étonnant à ce qu’on surnomme cette ville la « deuxième Bethléem », et qu’elle ait servi de décor à plus de 70 films, comme « L’Évangile selon saint Matthieu » de Pier Paolo Pasolini (1963), « La Passion du Christ » de Mel Gibson (2003), ou « Ben Hur » en 2016. Bien d’autres réalisateurs tombent sous son charme, mais aussi des artistes, des architectes. Et cette année, la ville a été choisie pour être la capitale européenne de la culture.

 

En étant en 2019 Capitale européenne de la culture, Matera poursuit sa volonté de faire connaitre son histoire pour sauvegarder le patrimoine historique des Sassi et faire revivre ces pierres chargées d’histoire, de luttes et de souffrances. Quant à moi, Matera m’a subjugué. C’est vraiment une ville magnifique que je vous conseille de découvrir.

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