Le réchauffement climatique transforme la végétation autour de nous


Elles font partie de la famille des cycadées, et se prénomment Cycas Revoluta. Elles ressemblent à des palmiers. Ces plantes primitives subtropicales sont apparues sur terre il y a 280 millions d’années à l’époque du Jurassique, et ont atteint leur apogée il y a près de 150 millions d’années. La planète subissait alors un réchauffement climatique en raison de l’augmentation des niveaux de dioxyde de carbone provenant de processus naturels, ce qui permettait aux plantes de prospérer partout dans le monde. Elles avaient quasiment disparu de la surface terrestre, pourtant elles poussent à nouveau au Royaume Uni car le nouveau changement climatique que nous vivons actuellement reproduit aujourd’hui la même situation qu’à l’époque des dinosaures.

C’est sur l’île de Wight en Angleterre, que le Ventnor Botanic Garden a annoncé l’apparition en extérieur, de fleurs de cycadées femelles et mâles au début du mois d’août dernier. John Curtis, le directeur, a déclaré : « Nous sommes convaincus que ces plantes fleurissent grâce au changement climatique. C’est simple : pour qu’une plante puisse se reproduire efficacement, les conditions doivent être parfaites. Et ce n’est pas la simple augmentation des températures qui a entraîné ce changement, c’est une dérive climatique de longue haleine, un cycle de croissance complet ».

Ce jardin botanique a commencé il y a 20 ans à faire pousser ces cycas pour faire une expérience. Les plantes sorties de terre à cette époque vivotaient, mais ont tout de même survécu au fil des années, poussant sporadiquement et produisant quelques feuilles. Au fil des années, les scientifiques ont constaté que les plantes poussaient de mieux en mieux : il y a 5 ans, un cycas mâle a produit un cône. Et cette année, un cycas mâle et femelle ont tous les deux produit des inflorescences, les conditions de cette floraison étant enfin réunies.

« C’est un cas de floraison pour la première fois à une telle latitude » précise Éric Motard, technicien botaniste au CNRS. Le Ventnor Botanic Garden a par ailleurs pu faire pousser récemment d’autres plantes que l’on trouve habituellement dans des environnements bien plus chauds, comme des géraniums géants de Madère.

Ce phénomène de transformation de la végétation s’accélère depuis 7 où 8 ans. Il a été confirmé récemment par une étude publiée cet été dans la revue Biology Letters. Cette étude a permis d’analyser l’évolution de la flore entre 2009 et 2017 sur 3 000 sites différents en France. 320 botanistes amateurs ou professionnels ont noté chaque année la présence (ou l’absence) des 2 500 espèces végétales les plus communes sur les 6 000 présentes en France. Garrigue, prairie ou encore milieu urbain, chaque jardinier avait sa ou ses parcelles (de 1 km2 chacune) à explorer, toutes choisies par les chercheurs pour leur représentativité.

La conclusion de leur analyse est sans appel : les sites où la température a le plus augmenté sont ceux où la végétation a le plus changé. Les espèces végétales adaptées aux températures élevées s’épanouissent et s’installent dans de nouveaux territoires, au contraire des espèces plus habituées au froid. Ainsi, les espèces préférant les climats plus frais comme le cerfeuil sauvage deviennent moins abondantes en région parisienne; tandis que le câprier ou l’avoine barbue tendent à proliférer dans le nord de la France.

De la même manière, on constate qu’en Arctique, une nouvelle végétation parvient à pousser au milieu du permafrost, le sol qui est gelé en permanence. Cette végétation devrait se développer davantage au cours des prochaines années,  et ainsi l’Arctique pourrait changer de couleur et « verdir ».

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L’Arctique qui se met à verdir au fil des années…

Enfin, l’étude démontre que les espèces annuelles (qui vivent moins d’un an) arriveraient à s’adapter plus rapidement au changement climatique que les espèces pérennes (les arbres, les buissons…).

Cette diversité végétale qui se modifie induit aussi un bouleversement de ceux qui vivent dans ce milieu, les insectes, les animaux, les oiseaux…, et a de fortes conséquences sur l’interaction des espèces. Car quand une nouvelle espèce animale à la recherche de conditions plus favorables, s’installe dans une communauté déjà en place, cela bouleverse l’équilibre déjà institué. Des incidences qui, à leur tour, ne seront pas anodines sur l’évolution de ces espèces…

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Lynley dit :

    Ca promet de sacrées surprises à mon avis. Certainement des belles et des plus difficiles à avaler !

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    1. Oui, mais ce qui rassure, c’est que la nature s’adapte. Espérons que l’Homme y arrive aussi !!

      Aimé par 1 personne

      1. Lynley dit :

        Je le souhaite très fort

        J'aime

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