Le saviez-vous ? la médecine tibétaine


La médecine traditionnelle tibétaine appelée « Sorig« , est un système thérapeutique traditionnel pratiqué depuis plus de 2500 ans. Profondément holistique et très riche, cette approche qui considère l’humain dans toute sa globalité (corps, énergie, esprit) a beaucoup à nous apprendre.

Les principes

Sorig est une combinaison des mots « Sowa » traduit par guérison ou nourrir et « Rigpa » qui signifie science. La science médicale fait en effet partie des cinq sciences fondamentales offertes aux tibétains. Son histoire est très ancienne, elle remonte à l’origine de ce peuple, et tire ses racines premières des principes médicaux de l’ayurveda, méthode curative arrivée d’Inde avec l’expansion du bouddhisme durant le premier millénaire.

Le mot « Ayurveda » vient du sanskrit et se compose de deux éléments, Ayus (vie) et Veda (savoir). C’est pourquoi l’Ayurvéda est également qualifié de science de la vie, cherchant à établir un équilibre entre l’âme et le corps.

Cette méthode s’est développée pendant des milliers d’années à partir d’observations précises de la nature entière, hommes, animaux, plantes, arbres. Les guérisseurs ayurvédiques notaient les protocoles à appliquer à chaque type de maladie — et ceux qui s’avéraient inefficaces. Ils dressaient l’inventaire le plus exhaustif possible de toutes les maladies et situations de l’existence. L’Ayurvéda est donc une méthode curative hautement élaborée, puisant dans la nature, reposant sur un immense fonds de connaissances en herboristerie et sur une spiritualité évoluée.

Les pratiques de la discipline ayurvédique sont issues de quatre textes fondateurs, ou « Tantras« , composés au XIIe siècle. Les quatre tantras de médecine rassemblent la théorie générale de la science médicale, l’exposé de 84 000 maladies et les méthodes de soins avec 2993 ingrédients de médicaments. Pour chaque cas de figure, ils préconisent une certaine concoction d’herbes et de minéraux (qui peuvent être parfois des pierres précieuses, de l’or ou de l’argent) – généralement trouvés sur les hauteurs de l’Himalaya. Leur assimilation ne nécessite pas moins de 7 ans d’apprentissage.

médecine tibétaine Tantras
Tantra de médecine

Dans la doctrine de l’ayurvéda, tous les phénomènes de l’existence sont composés des cinq éléments : espace, vent, feu, eau et terre. Ils se combinent par paires afin de former 3 forces dynamiques qu’on appelle les Doshas, ou humeurs (« ce qui change » en sanskrit). Les trois doshas sont le Vent, la Bile et le Phlegme. Leur combinaison détermine la constitution de chaque individu. Ils régissent tous les événements psychologiques et physiologiques de l’organisme. Lorsque que ces humeurs se déséquilibrent entre elles, se trouvant en déficience ou en excès dans le corps, les maladies commencent à apparaître.

Pour faciliter la guérison, la médecine tibétaine se penche donc de très près sur la nature de chaque individu. La thérapie tient compte de nombreux aspects : mode de vie, alimentation, plantes médicinales, aromathérapie et thérapie des couleurs, rituels de purification, yoga et méditation… tout cela dans le but de réconcilier les trois doshas, en fonction de la constitution de chaque individu.

Les origines de cette médecine

La première école médicale tibétaine est créée en 762, à Menloung, dans le Kongpo, par un médecin du nom de Youthog Yeunten Gonpo. Historiquement, la plupart des médecins tibétains ou amshi étaient des moines. Ils étaient formés dans les monastères, ceux-ci abritant à la fois l’école pour l’enseignement de la discipline et le dispensaire pour les soins aux malades.

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Youthog Yeunten Gonpo, fondateur de la première école de médecine tibétaine

Au 17e siècle, la médecine tibétaine traditionnelle atteint son apogée. Le 5e Dalaï-Lama fonde l’Institut médical Chakpori à Lhassa (Men Tse Khang) et fait rédiger un Atlas de la médecine tibétaine, ouvrage de référence encore aujourd’hui.

Déjà à l’époque, la pratique de la médecine tibétaine n’était pas restreinte au Tibet, mais s’étendait à la Mongolie, à la Chine, aux régions bouddhistes de la Russie, ainsi qu’au Népal, Sikkim, Bhoutan et au Ladakh. Dans l’empire russe du 19e siècle, la réputation d’efficacité de la Médecine Tibétaine atteignit même la cour du tsar à Saint-Pétersbourg.

Après l’annexion du Tibet par la Chine en 1950 et la révolution culturelle en 1959, la médecine tibétaine devient la cible de lourdes persécutions. Sa pratique est proscrite et tout est mis en œuvre pour la faire tomber dans l’oubli, causant des pertes importantes de pratique et de savoir traditionnels : érudits et médecins emprisonnés, corps médical décimé, médicaments et documents précieux détruits, centres médicaux rasés…

Pour faire perdurer ce savoir, le 14e Dalaï-Lama, parti en exil en Inde pour fuir la répression chinoise, décide d’y recréer l’institut de médecine détruit au Tibet. Il ouvre en 1961 un nouveau Men Tse Khang à Dharamsala. Extrêmement actif, ce nouvel Institut permet à la médecine tibétaine de reprendre peu à peu sa place auprès des populations en exil et de rayonner encore aujourd’hui.

L’apprentissage se fait dans une lignée de transmission et une relation de maître à élève chère aux philosophies asiatiques. Au terme d’une formation de 10 ans, les amchis deviennent de véritables spécialistes dans tous les domaine à la fois, aussi bien gynécologue que cardiologue, psychiatre que pédiatre.

La médecine tibétaine actuelle est donc une médecine axée sur le bouddhisme, l’ayurvéda indienne, mais aussi issue d’une multitude d’autres médecines, traditionnelle chinoise ou perse ancienne. Elle perpétue les traditions et les sagesses autrefois présentes dans toutes les cultures du monde.

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Planche anatomique de médecine tibétaine

Les méthodes de guérison

Basant leurs diagnostics sur une écoute attentive du patient, sur la prise du pouls, l’examen de la langue et des urines, le médecin tibétain peut aussi avoir recours à l’astrologie. La lecture du pouls est divisée en treize sections. Elle constitue une source inestimable d’informations, le pouls apparaissant comme un messager entre le patient et le médecin.

Les médicaments sont confectionnés à partir de substances naturelles. Il arrive également au amshi de pratiquer l’acupuncture et la moxibustion (thérapie de la médecine traditionnelle chinoise qui consiste à brûler certains points sur le corps). Les médecins donneront aussi souvent des conseils de modification de comportements qui touchent à l’alimentation et le sommeil, mais aussi à nos postures émotionnelles et mentales de manière à faire de chaque épreuve une occasion d’ajuster notre attitude face à la vie.

Par exemple, on prescrira au patient dont l’humeur « Vent » est déséquilibrée, la consommation de nourriture grasse à fort potentiel nutritif, comme l’agneau, le beurre, l’alcool, le lait, le poulet, l’ail, ou le gingembre. Le patient devra se reposer dans des endroits sombres, calmes et chauds, tant physiquement que moralement, et entouré par des gens qu’il aime. Coté médicaments, on lui  prescrira différents ingrédients à base de plantes, et il se fera faire des massages ou de la moxibustion sur ses points privilégiés que sont le sommet de la tête, les première, cinquième et sixième vertèbre, ou le sternum.

Si le praticien tibétain est en mesure d’établir le bon diagnostic et de prescrire la juste thérapie, alors la médecine tibétaine peut soigner n’importe quelle forme de maladie. Néanmoins elle se révèle particulièrement efficace dans le traitement des maladies chroniques telles que rhumatismes, arthrite, ulcères, problèmes chroniques de digestion, asthme, hépatite, eczéma, problèmes de foie, problèmes de sinus, anxiété et problèmes liés au système nerveux. Elle atténue également les effets secondaires de là chimiothérapie.

Héritière d’un savoir multiculturel très ancien, la médecine tibétaine arrive en Occident. Système holistique qui s’est fortement appuyée sur les Tantras de l’Ayurveda, elle apporte à ce savoir médical très complet une conception religieuse qui envisage l’homme comme un tout, où esprit, corps et environnement extérieur interagissent étroitement. La médecine tibétaine a fait l’objet en avril dernier d’une candidature auprès de l’Unesco, pour intégrer le patrimoine immatériel de l’humanité.

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