Les Amas, les pêcheuses japonaises


Les Amas (海女/海人) sont des pêcheuses sous-marines japonaises, connues surtout en tant que pêcheuses de perles. Le mot « ama » signifie littéralement « femme de la mer ». D’après la tradition japonaise, cette coutume existerait depuis trois mille ans. Certaines chroniques japonaises, le Gishi-Wajin-Den datant de 268 avant J.C, les mentionnent déjà.

Au fil des époques, ces pêcheuses de la mer sont devenues des icônes au Japon, bravant la société matriarcale historique. Souvent femmes de pêcheurs, elles pratiquaient ce métier avant tout pour nourrir leur famille, dans des régions côtières et isolées, où les possibilités d’emplois étaient rares. Elles pêchaient algues, escargots de mer, homards, pieuvres, ormeaux, oursins, pour leur consommation et surtout la vente. Elles transmettaient leur technique et les rudiments du métier progressivement à leurs filles, qui prenaient le relais à leur tour vers 15 ou 16 ans. Dans certains villages de bord de mer au début du siècle, 80% des femmes étaient des amas.

Aujourd’hui, elles restent un peu plus de 2 000 à pratiquer cette pêche ancestrale, essentiellement dans la baie de Mie, dans l’ouest du pays près d’Osaka. En 1950, on en dénombrait plus de 20 000 au Japon.

L’équipement  de l’ama est rudimentaire. Elles utilisent les mêmes masques depuis 50 ans. Traditionnellement jusqu’aux années 1970, les amas ne plongeaient qu’avec un pagne, seins nus, sans combinaison ni bouteille d’air. Aujourd’hui, les combinaisons en lycra ont remplacé le pagne. Lestées de poids autour de la taille, elles se jettent par-dessus bord, recouvertes d’une coiffe blanche qui sert, selon elles, à éloigner les requins. Elles disparaissent pendant près d’une minute et fouillent les fonds puis remontent, un coquillage ou un oursin en main, qu’elles placent dans un filet accroché à une bouée.

Il existe trois types d’amas :

  • Les kachido ou Koisodo, qui vont à pied jusqu’au bord de l’eau et rejoignent leur lieu de pêche à la nage. Cette technique de plongée la plus simple est pratiquée par les très jeunes amas en apprentissage et les Amas âgées, avant la retraite.
  • Les funado, qui opèrent à partir d’une barque maniée par un ou deux pêcheurs qui jouent un rôle de veilleurs, pour leur sécurité. Y participent les jeunes femmes un peu plus expérimentées, qui ont entre 17 et 20 ans. Leur type de plongée est plus élaboré avec des apnées plus longues jusqu’à sept ou huit mètres de profondeur.
  • les Oisodo : dans cette catégorie entre les vraies professionnelles, dont l’âge oscille entre 20 et 50 ans. Elles maitrisent les techniques de l’apnée et plongent jusqu’à 25 à 30 mètres de profondeur. Elles plongent pour les meilleures jusqu’à 2 minutes en apnée une centaine de fois dans la journée. Pour leur confort, la barque est pourvue d’une poulie d’ascension pour ne pas les fatiguer et d’un brasero auprès duquel la plongeuse vient se réchauffer et boire le thé brûlant lorsqu’elle a froid.

Leur rituel avant de plonger est immuable : invoquant ishigami-san, le dieu de la mer, elles font bruler des morceaux de bois, et se signent le front avec la cendre avant de plonger, pour conjurer le mauvais sort. Elles dessinent sur la coiffe de leur tenue des motifs traditionnels censés les protéger et leur permettre de rejoindre le rivage en toute sécurité. Un temple shintô leur est d’ailleurs dédié dans le village d’Ôsatsu.

amas 3

Le métier d’ama est un métier difficile et dangereux. Ces femmes ont pour la plupart des tympans et la peau abimés par l’eau de mer. Elles peuvent aussi rencontrer des requins, être emportées par les courants ou encore rester accrochée à des rochers et se noyer.

De plus, l’activité est peu rémunératrice, les ormeaux – leur plus grande source de revenus – se faisant rares (les amas gagnent en moyenne 100€ par mois). L’ormeau est un plat très recherché, et un produit de luxe au Japon, comme en France.  Mais la pollution et la surpêche ont réduit leur nombre de 90% en quarante ans au Japon, et les autorités, pour préserver les ressources, imposent des quotas.

De fait, les jeunes filles rechignent à prendre le relais de leurs mères comme c’était le cas avant. La tradition des amas disparaissant, ce sont désormais de vieilles femmes qui plongent. La moyenne d’âge aujourd’hui est de 67 ans, et il arrive que certaines travaillent jusqu’à plus de 80 ans. En dehors de la période officielle de pêche, les amas gagnent leur vie en travaillant dans les auberges traditionnelles (ryokan) ou les boutiques du voisinage. Elles ont aussi commencé à organiser des visites de leurs «cabanes» où elles racontent leurs expériences.

Au fil des siècles s’est développé un imaginaire fantastique autour de ces travailleuses des océans. Elles sont citées dans de nombreux poèmes de la littérature japonaise où elles incarnent souvent des sirènes. Leurs capacités à entrer en contact avec les animaux et les monstres marins ont fait fantasmer de nombreux peintres japonais, comme le célèbre Hokusai. Elles ont été immortalisées sur des estampes, sur des timbres, et par plusieurs photographes, ce qui a contribué à leur renommée hors du Japon, mais aussi a largement faussé la réalité.

Plusieurs films mettent en scène des personnages inspirés des amas, notamment « On ne vit que deux fois » avec le personnage de Kissy Suzuki. Le roman de Yukio Mishima, « Le Tumulte des flots« , évoque les travaux de pêche dans une petite île de la côte Pacifique du Japon, dont l’activité d’une ama.

Amas reproduction

 

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