Grands mystères : la civilisation Étrusque


Les Étrusques sont un peuple qui a vécu depuis l’âge du fer en Étrurie, territoire correspondant à peu près à l’actuelle Toscane et au nord du Latium en Italie, jusqu’au milieu du VIIe siècle avant JC. Les Romains les appelaient Etrusci ou Tusci et les Grecs les nommaient Tyrrhéniens, nom qui a été donné ensuite à la mer des côtes occidentales italiennes, mais ils se prénommaient eux-mêmes Rasna. Malgré l’abondance de fouilles, d’expositions et d’ouvrages spécialisés à leur sujet, on se heurte toujours à un mystère : l’origine des Étrusques demeure obscure. Pourtant, l’histoire de ce peuple qui est aux origines de notre civilisation occidentale s’est développée pendant près d’un millénaire.

Ce peuple surgit brusquement dans l’histoire à la fin du IIe millénaire avant notre ère. Selon les auteurs grecs et romains, il serait venu de Lydie où, sous le règne du roi Athys, la population aurait souffert d’une épouvantable famine. Le monarque décide alors d’exiler la moitié de son peuple sous la conduite de son fils Tyrrhénos. Un long voyage maritime amène les émigrants sur les côtes de l’actuelle Toscane, où ils s’installent. Ils changent leur nom de Lydiens contre celui de Tyrrhéniens, qu’ils empruntent à leur chef. La civilisation étrusque serait ainsi née et se serait développée sur le sol italien.

Etrusques carte

À la fin de la République et sous l’Empire, les Étrusques commencent à se fondre avec leurs voisins italiques et romains dans un grand brassage de populations. Ce peuple nouveau, constructeur de villes, marin et habile commerçant, acquiert vite la première place dans la vie de l’ouest méditerranéen. Les Étrusques sont en effet de grands bâtisseurs et de grands conquérants. Si l’on se base sur la superficie des sites archéologiques, les cités étrusques comportaient entre 20 000 et 40 000 habitants, chiffres très importants pour l’Antiquité et comparables aux cités grecques. Ces cités disposaient d’un système d’égouts sophistiqué, de citernes pour recueillir les eaux de pluie, et d’assèchement des marais pour en faire des terres agricoles. Coté conquêtes, leur puissance s’étend au nord et au sud, englobant peu à peu la plaine du Pô, le Latium et la Campanie.

Dès le Ve siècle avant J.C., le peuple étrusque est à son apogée : les grandes familles romaines ont l’habitude d’envoyer leurs fils étudier à Caere (la capitale de leur royaume, actuelle Cerveteri près de Rome) pour apprendre la langue et les livres sacrés. Même l’empereur Auguste prend un précepteur étrusque pour l’éducation de ses enfants. Car les Étrusques sont aussi un peuple d’érudits. Rome doit aux Étrusques les débuts du théâtre latin, avec les « ludions », artistes qui pratiquaient des mimes dansés. Enfin, selon Tite-Live, c’est un Étrusque dénommé Pisaeus qui aurait inventé la trompette dont les armées romaines généralisèrent l’usage.

Plan ville étrusque.JPG
Plan de la ville étrusque de Lattes

Cependant, dès le IVème siècle avant J.C., commence pour l’Étrurie une période d’affaiblissement, liée à la nouvelle domination de Rome sur toute l’Italie. Les Étrusques, qui ont toujours été considérés comme des étrangers, suscitent des jalousies parce qu’ils surpassent les romains dans tous les domaines. En effet, les romains ont tout emprunté à la civilisation étrusque : les insignes de la magistrature, le système des noms propres, l’architecture des temples, l’organisation urbaine, les rites de fondation des villes ou l’organisation de la légion.

De plus, les romains jugent le mode de vie des étrusques scandaleux. Car les femmes étrusques sont des femmes libres et ont un statut d’égalité avec les hommes. Elles disposent de leur propre fortune, alors que leurs voisines grecques et romaines sont sous la tutelle de leur père, puis de leur époux… Elles ont une grande importance tant au niveau politique qu’administratif et participent aux banquets, jeux et cérémonies publiques qu’elles peuvent même présider. Cette égalité est telle que dans chaque tombeau étrusque, la place d’honneur est réservée à la mater familias, la femme chef de famille.

Ces différences de coutume sont une des raisons de la rivalité des deux peuples, en plus de leur concurrence commerciale. De fait, les romains n’ont de cesse de faire disparaitre ces concurrents, qu’ils admirent en même temps qu’ils haïssent, ce qui contribue à l’extinction de leur peuple au fil des siècles.

étrusque
Tombeau étrusque

La puissance étrusque décline d’abord à la suite de batailles perdues contre Cumes et Syracuse, dont profitent des tribus celtes pour envahir la plaine du Pô, et des tribus samnites pour envahir la Campanie. Ce déclin continue avec la conquête progressive de l’Étrurie par la République romaine, qui débute par la prise de Véies en -396, et se termine par la prise de Velzna en -264. En 17 avant J.C., l’ensemble du territoire étrusque est incorporé dans le découpage administratif de l’Italie romaine.

Les Étrusques nous sont connus depuis seulement 1836, quand deux archéologues amateurs découvrent à Caere une tombe dont le contenu est fabuleux : des pièces d’orfèvrerie, des bijoux, du mobilier, de la vaisselle, le tout dans un or le plus pur. Le trésor est tellement somptueux que le pape Grégoire XVI décide de créer un édifice pour l’exposer : ce sera le premier musée étrusque de Rome.

Notre connaissance du peuple Étrusque se heurte pourtant à un problème majeur : nous n’avons pu apprendre d’eux que par les écrits grecs ou romains. Car leur langue est encore à ce jour indéchiffrable, malgré les milliers de documents étrusques retrouvés. L’un des obstacles à la compréhension de cette langue est qu’elle ne présente aucun lien de parenté avec aucune autre langue connue, ce qui nous prive de points de repères. Elle n’appartient pas à la famille des langues indo-européennes. Elle emprunte aux Grecs un alphabet qu’elle a adapté à ses sonorités, et présente certaines particularités grammaticales avec les dialectes lycien, carien et lydien. C’est aussi une langue agglutinante, c’est à dire qui accole des suffixes au radical des mots (comme le basque ou le turc) et qui se caractérise par une propension à la répétition. Autre curiosité, les nombres se forment par soustraction : par exemple, on ne dit pas « vingt-six » mais « quatre ôtés de trente ». Et bien souvent encore, le sens des mots nous échappe…

Un autre pan de l’histoire des Étrusques reste incompris : celui de leur religion. Comparée aux religions grecque ou romaine, la religion étrusque est déroutante. Face à la divinité et au destin, l’attitude du peuple étrusque est inquiète, anxieuse. Sa vie semble commandée par l’interprétation de présages annonçant un avenir déjà tracé, sur lequel il est impossible d’agir : l’homme est soumis à une sorte de prédestination terrifiante. Chez eux, il n’existe pas de dialogue entre les dieux et les hommes. La religion est soumise à toutes sortes de pratiques divinatoires, comme l’étude des viscères de victimes offertes pour tenter de satisfaire la volonté des dieux. Côté culte, les Étrusques enterraient leurs morts à l’extérieur des centres d’habitation. Soucieux à l’extrême du destin de l’homme après son trépas, ils aménageaient de vastes sépultures à l’image de la demeure des vivants, mais en matériaux infiniment plus solides. À côté du défunt, ils plaçaient les objets qui lui avaient été chers, armes ou bijoux.

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