Des océans menaçants pour les atolls


Le dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) qui s’est réuni le 25 septembre dernier est alarmiste sur le sujet : îles englouties, populations déplacées, animaux décimés… Les conséquences du réchauffement climatique s’annoncent terribles.

Jusque dans les années 2000, l’élévation des eaux était majoritairement pilotée par la dilatation thermique des océans : en se réchauffant, l’eau de mer se dilate et occupe un volume plus important. Ce phénomène est toujours à l’œuvre, mais les scientifiques considèrent que l’accélération de la hausse du niveau des mers est principalement imputable aux fontes massives des calottes glaciaires du monde entier, et plus particulièrement au Groenland et en Antarctique. La perte de masse de la calotte glaciaire de l’Antarctique sur la période 2007-2016 a notamment triplé par rapport à 1997-2006.

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Banquise en train de fondre – juillet 2018

Dans ce nouveau rapport, les projections d’élévation moyenne du niveau de la mer ont été revues à la hausse depuis les précédents rapports : D’ici 2100, si les températures grimpent de 2 degrés Celcius, le niveau des mers et océans devrait monter de 43 centimètres. Et la hausse atteindra le double si les températures croissent plutôt de 3 à 4°C.

Un scenario terrifiant qui verrait certains archipels, comme les Kiribati dans le Pacifique, ou les Maldives dans l’Océan Indien, se retrouver sous les eaux. Dans le même temps, plus d’un milliard de personnes vivant dans les villes côtières, que ce soit en France ou ailleurs, devraient se trouver d’autres lieux d’habitations et s’exiler. Parmi eux, les habitants de grandes villes comme New York ou Shanghai, qui en plus d’être en partie englouties, auraient à faire face à des évènements climatiques extrêmes (inondations, tempêtes, tsunamis). Et ce chaque année, d’ici 2050…

Les atolls sont les plus menacés, étant des îles de basse altitude à l’environnement extrêmement sensible. Ils sont peuplés à ce jour de plus de 300 millions de personnes. Ces atolls deviendront rapidement quasiment inhabitables, si l’on considère qu’en plus de la montée des eaux, ils devront faire face à un fléau encore plus dramatique : la perte de leurs ressources alimentaires. En effet, le bouleversement du climat entraîne aussi des changements au niveau des propriétés physico-chimiques des océans, à savoir une baisse en oxygène de la concentration des eaux, et leur acidification. Ce qui entrainera à terme la disparition des coraux qui protègent les côtes de l’érosion et de l’énergie des vagues, et de la faune aquatique. Ainsi, on estime que les prises de poissons devraient diminuer de 20 à 24% d’ici à la fin du siècle.

Enfin, au niveau socio-culturel, l’augmentation du niveau des mers pourrait mener à une disparition de patrimoines culturels entiers : La diminution progressive de la surface habitable pousse certaines populations à migrer soit vers d’autres atolls moins touchés, soit vers l’étranger. Cette dynamique migratoire risque de mener à la disparition de certaines cultures et à des problèmes de souveraineté des différents territoires.

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Iles de Kiribati, menacées par la montée des eaux

Pour tenter de faire face ou retarder a minima ce fléau, des aménagements extrêmement couteux commencent à être imaginés. Des digues gigantesques pourraient protéger la population des raz de marée et de la montée des eaux. Pour le cas de la Micronésie, on imagine une digue de 6 000 km de long… Mais ces investissements sont très couteux, de plusieurs milliards d’euros par an, et leur coût exclut d’emblée les populations les plus pauvres, comme ces petits états insulaires.

Une autre idée est de créer des îles artificielles flottantes, proches des atolls actuels, qui permettraient d’éviter les exils en masse ainsi que la disparition totale de l’État insulaire. Ces îles peuvent être construites comme étant de toutes nouvelles îles, comme par exemple l’île de Hulhumalé aux Maldives, mais aussi par extension d’une île déjà existante. Puisqu’elles sont flottantes, ces îles s’ajustent à la hauteur du niveau de la mer (elles sont inspirées des plateformes pétrolières). Les Maldives ont déjà commencé à travailler avec la firme Dutch Docklands International afin de créer certaines de ces îles flottantes.

Outre les constructions humaines, il est possible de se servir de la nature pour lutter contre la montée des eaux. Certaines îles utilisent des stratégies environnementales telles que la réimplantation de mangroves, le transfert de sable des fonds marins ou la recherche d’espèces adaptées au changement. Par exemple, toujours aux Maldives, des experts en biologie marine réalisent actuellement des recherches sur des coraux capables de résister à la chaleur induite par le réchauffement des océans.

D’autres chercheurs travaillent sur un système de structures sous-marines qui utilisent l’énergie des forts courants océaniques – occasionnés notamment par les catastrophes naturelles (tsunamis, tempêtes) appelées à se multiplier dans les années à venir – pour créer une accumulation de sable dans des endroits stratégiques et donc former des barrages naturels.

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Vue d’artiste du projet d’île flottante par le SeaSteading Institute

 

5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Lynley dit :

    Sujet qui me tient à coeur et bien traité. Merci.

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    1. Merci Lynley ! Bon dimanche et prenez soin de vous

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  2. Bien sûr, la menace mère est l’addiction de l’homme au pétrole et autres énergies fossiles. L’océan fait ce qu’il peut pour lisser nos exagérations. Lui aussi a ses limites.
    Belle soirée, Aurélien.

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    1. La nature reprend ses droits un peu partout !…

      Aimé par 1 personne

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