Croyances et légendes de la mer


La mer fascine, parce qu’on ne la maitrise pas et que nous n’avons pas fini de découvrir toute son étendue et toutes ses profondeurs. Ce monde vaste et inconnu, donc terrifiant, a fait naître d’innombrables récits peuplés de créatures toutes aussi étranges les unes que les autres, sorties tout droit de l’imaginaire collectif. Les hommes se sont souvent inspirés des océans et des profondeurs pour créer des monstres marins qui font encore aujourd’hui objets de fantasmes, qu’ils soient issus de la mythologie ou de la littérature. Ces animaux soit-disant «rencontrés» en mer, ont été exagérés par la littérature comme dans les romans de Victor Hugo ou de Jules Verne.

A cela se rajoutent des croyances très fortement ancrées, des superstitions, qui ont pour but de rassurer et de porter chance aux marins et navigateurs du monde entier. Car pendant des siècles, la mer a été un milieu dangereux et mystérieux où l’homme ne s’aventurait qu’après s’être assuré toutes les protections possibles pour bénéficier d’une bonne traversée.

Voici donc quelques-unes des choses à faire ou à ne pas faire en mer, pour être sûr de naviguer paisiblement.

On n’écoute pas le chant des sirènes

 Le mot « sirène » vient du latin siren et du grec seirèn, et aurait deux  significations : « attacher avec une corde » ou « clair et sec ». Ce serait par temps clair, sec et sans vent que les sirènes apparaîtraient le plus souvent. Et les marins devaient s’attacher au mât de leur navire pour ne pas être tentés de les rejoindre, leurs chants fascinants visant à les attirer sur les écueils.

Nous nous représentons souvent les sirènes comme des créatures dotées d’un corps de femme sur une queue de poisson. Pourtant, dans l’Antiquité, elles avaient l’apparence de créatures mi-femme – mi-oiseau, et possédaient des serres puissantes ou des pattes de lion.

On les rencontre près de Charybde et Scylla dans le détroit de Messine. Elles attiraient les marins grâce à leurs voix mélodieuses et ils se jetaient à l’eau dès qu’ils les entendaient. A partir du moyen-âge, elles commencèrent à être représentées sous forme de créatures mi-femmes- mi-poissons. Elles sont présentes également dans l’Odyssée d’Homère.

Les sirènes symbolisent également le dernier refuge des noyés : elles prennent soin des marins morts et les emmènent au fond des mers, là où les vivants ne peuvent se rendre.

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On fait confiance à l’œil

À Malte, si vous observez bien les Luzzu, ces barques bariolées de pêcheurs, vous remarquerez qu’elles vous regardent elles aussi. Leur proue arbore les yeux dessinés d’Osiris, l’ancienne divinité égyptienne. Un symbole magique qui selon la légende fut apporté sur cette île par les Phéniciens il y a deux mille ans. Les pêcheurs de Malte l’utilisent toujours, persuadés que la déesse continue à les protéger en mer.

Osiris est fille d’Horus, le dieu Faucon, le protecteur de l’Egypte antique. Dans ce pays dans l’Antiquité, c’était plutôt l’œil d’Horus qui était peint sur les proues de bateaux, pour conjurer le mal. Les marins d’Égypte et du Moyen-Orient peignaient fréquemment ce symbole (appelé aussi l’oeil Oudjat) sur l’avant de leur navire pour assurer la sécurité des voyages en mer.

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On n’emmène pas de femme en mer

Jusqu’au XVIIIe siècle, la femme représentait un des dangers majeurs pour les équipages. A l’époque, la cohabitation avec les marins masculins ne pouvait qu’engendrer tensions et frustrations. Elles étaient aussi souvent données pour responsables des maux à bord comme la peste ou d’autres maladies. Cette croyance est devenue obsolète de nos jours,  mais reste encore ancrée sur certains chalutiers qui refusent catégoriquement la présente d’une femme à bord.

A l’inverse, la seule figure féminine acceptée est à la proue du bateau, qui uniquement dans ce cas, porte bonheur.

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On ne prononce pas le mot « lapin »

C’est la plus connue des superstitions ! Longtemps embarqué comme vivre – au même titre que volailles, porcs et légumineuses – pour les longues traversées, le lapin rongeait l’osier de sa cage, avant de s’attaquer au chanvre des cordages  ou à l’étoupe, ce qui causait le naufrage du navire. Ajoutons que la représentation symbolique médiévale l’associait au démon

Pour ne pas prononcer son nom en signe de malheur, les marins ont surnommé le lapin en : « la bête aux grandes oreilles  » ou « le nom de la bête ».

lapin

On observe les oiseaux

Les oiseaux sont très importants pour les marins. Le passage du goéland ou de la mouette annonce un grain. Le pétrel est dépositaire de l’âme des marins décédés à la mer.

Autre oiseau de mer, l’albatros, mal-aimé de la marine, est un animal ambigu porteur de bon ou de mauvais présage. S’il prend le vent, la mer sera bonne et les courants favorables, s’il se pose près du bateau, il attire le mauvais œil.

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On n’appareille pas un vendredi

On évite d’appareiller un vendredi, encore moins un jour en 13. Tout comme on ne met pas un bateau à l’eau ce jour-là. Il faut chercher loin pour trouver les origines de cette tradition, plus que superstition. Dans la religion, c’est le jour ou les catastrophes se passent. Une explication habituelle se réfère également au jour de paie traditionnel, qui était le jeudi. Un appareillage ayant lieu le vendredi était le fait de matelots souvent quelque peu vaseux, d’où un nombre d’accidents plus élevé.

« Même si je mets mon Figaro Banque populaire à l’eau pour la vingt millième fois cette année, je vais quand même me débrouiller pour que ce soit un jeudi et ne pas avoir de retard », confirme Jeanne Grégoire, grande navigatrice.

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On ne change pas le nom de son bateau

C’est une curieuse tradition : chez les marins, changer le nom d’un bateau équivaut à en changer l’âme, et son nouveau nom doit absolument être communiqué aux dieux marins pour qu’ils l’approuvent. Pour le faire correctement, le rituel en France est unique : le changement de nom ne peut se faire que le 15 août, et le bateau doit naviguer au près (en remontant le vent), en traçant un parcours en zigzag pour couper le « macoui« , le serpent d’eau imaginaire associé au nom du bateau et qui porte malheur.

Par ailleurs, le nom du bateau doit être inscrit à la poupe de celui-ci, surmontant le nom du port d’attache ou d’immatriculation. Certaines lettres ont des sections plongeantes comme A ou E, au contraire du C. Pour les marins il est important de ne pas « provoquer » ou « agresser » la mer, mais c’est le cas de ces lettres avec des sections plongeantes. Ainsi, sur de nombreux navires les lettres étaient dessinées pour qu’aucune section ne vienne provoquer la mer.

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On porte des amulettes et des gris-gris

Il est toujours de coutume pour les marins de suspendre des grigris ou des amulettes à l’étrave du navire, ou sur eux, afin d’être protégés de la malchance et de la maladie.

Pour citer quelques-unes de ces superstitions : les émeraudes écartent les tempêtes et le rubis empêchent la noyade. Le fameux anneau d’or à l’oreille améliore la vue au loin. Ralliant le côté mystique des grigris et amulettes, le tatouage est une protection puissante remplie de symboles, c’est pourquoi les marins se tatouent essentiellement sur le cœur et les bras.

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On baptise son navire au champagne

 « Un navire qui n’a pas goûté au vin goutera au sang », proverbe anglais

Pas question de quitter le port sans avoir baptisé dignement son bateau ! Une tradition qui remonterait à la légendaire guerre de Troie durant laquelle, pour faire souffler les vents, Agamemnon dut sacrifier sa fille. Le sang fut ensuite remplacé par du vin puis, plus récemment, par du champagne. On baptise donc tout nouveau navire à l’aide de ce divin breuvage pour s’attirer les bonnes grâces de Poséidon, Neptune ou Saint-Pierre. Une tradition d’ailleurs boudée par la compagnie White Star Line en 1912, quand elle lança sur les mers le Titanic

En revanche, si la bouteille de Champagne ne se brise pas du premier coup, il est à craindre que la mer se venge rapidement.

champagne bapteme

On essaie de ne pas croiser le Kraken

Le Kraken est une créature dont les caractéristiques se retrouvent dans plusieurs mythes et civilisations, mais la version d’origine scandinave est sans conteste celle qui a le mieux marqué l’imaginaire collectif jusqu’à aujourd’hui.

Le kraken est une pieuvre ou un calamar géant qui terrorise tous ceux qui naviguent sur les mers. Il est tellement puissant qu’il serait capable de briser la coque des navires et de causer d’épouvantables naufrages. Selon les légendes, il entourerait le bateau de ses tentacules et l’entrainerait au fond de la mer.

Il existe des traces de l’existence du Kraken dans la mythologie grecque avec le mythe de Persée. S’il faut attendre le XVIIème siècle pour lire le mot Krakenn dans un récit norvégien, on retrouve une première mention d’un monstre très semblable dans une saga islandaise datant du XIVème et racontant une traversée de la mer du Groenland. Mais c’est Jules Verne qui a contribué à conserver l’aspect de la pieuvre ou de calmar géant pour le Kraken, dans son livre Vingt mille lieues sous les mers.

Pourtant, ces monstres des mers existent bel et bien, et il a fallu attendre le 19 ème siècle pour que les scientifiques aient la preuve de l’existence de ces incroyables céphalopodes. Le calmar détenant le record officiel de longueur est celui qui s’échoua le 2 novembre 1878 à Thimble Tickle, sur la côte septentrionale de Terre – Neuve. Il mesurait près de 17 mètres ! Et on a trouvé récemment des tentacules isolés de calmars de 14 mètres de long…

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On remercie les géantes suédoises

Une ancienne légende danoise raconte qu’autrefois, le roi de Suède offrit au roi du Danemark deux géantes pour utiliser des meules magiques capables de produire toute chose. Un jour, les géantes se lassèrent et, fatiguées et en colère parce que le roi ne leur permettait jamais de se reposer, s’allièrent avec les ennemis. Ceux-ci attaquèrent le Danemark et les enlevèrent sur un bateau. À bord, les géantes continuèrent à produire du sel avec leurs meules : elles en produisirent tellement que le bateau coula. On raconte qu’aujourd’hui encore, elles continuent à en moudre au fond de la mer, parce que personne ne leur a dit de s’arrêter… Et voilà pourquoi la mer est salée !

mer salée

On ne siffle pas à bord

Dans les temps anciens, les marins sifflaient pendant les calmes pour faire venir le vent. De nos jours, les marins russes, mais aussi québécois et anglais, n’aiment pas que l’on siffle à bord ; c’est pour eux appeler les vents forts, donc la tempête. En revanche, chanter à bord n’est pas concerné par cette superstition.

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On ne réveille pas le Leviathan

Le Léviathan est une divinité prenant la forme d’un monstre marin issue de la mythologie phénicienne, et qui symbolise l’apocalypse : Dormant sous l’eau, s’il se réveille, il est capable d’anéantir le monde et de répandre le chaos. Le Léviathan est évoqué à plusieurs reprises dans la Bible (Livre d’Isaïe, Livre de Job, les Psaumes…).

Ce serpent de mer peut mesurer jusqu’à 75 mètres et son corps est recouvert d’écailles. Il est souvent représenté gueule ouverte près à avaler les âmes à l’entrée des Enfers.

On retrouve la symbolique du serpent de l’Apocalypse dans d’autres mythologies, comme le Jörmungand dans la mythologie scandinave.

Leviathan

4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Lynley dit :

    Fantastique ! J’ai découvert plein de choses ou compléter les quelques choses que je connaissais déjà. C’est vraiment top ! Merci beaucoup !

    Aimé par 1 personne

  2. hyper intéressant mais comment fait tu pour autant écrire ?!!

    Aimé par 1 personne

    1. Un article tous les 3 jours, ça va ! Et certains sont plus faciles que d’autres, comme les photos et les citations 😉

      Aimé par 1 personne

      1. Oui mais où trouve tu toute cette inspiration😱

        J'aime

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