Série BATX : Alibaba, le génie chinois du commerce en ligne


Après la saga des GAFA que j’ai faite l’an dernier, je lance une nouvelle série : celle des BATX. Qu’est-ce que c’est, allez-vous me dire ? Et bien, même s’ils sont moins connus en France, ces 4 entreprises sont les GAFA chinoises, à la croissance tellement rapide qu’elles sont en passe de dépasser les américains et de révolutionner le marché numérique. On estime d’ailleurs que dans moins de 5 ans, elles auront un chiffre d’affaires et une capitalisation boursière supérieurs à ceux des GAFA.

Les BATX sont les entreprises Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi, respectivement les concurrents de Google, Amazon, Facebook et Apple. Favorisées par un environnement politique au fait des enjeux du digital (La Chine a lancé en juillet 2015 un plan de croissance appelé Internet Plus), et dans un pays jeune et ouvert à l’adoption de nouveaux modes de consommation, ces entreprises ont développé des produits et services qui révolutionnent l’économie et la société chinoise, impactant la vie de centaines de millions de personnes. Et elles arrivent en force également sur nos marchés domestiques.

Pour vous donner un ordre d’idée de la puissance actuelle de ces grands groupes chinois, quelques chiffres :

  • Ils représentent à eux quatre plus de 950 milliards de dollars de capitalisation boursière.
  • Alibaba est valorisée à plus de 400 milliards de dollars à la Bourse de Wall Street.
  • 1 milliard d’utilisateurs sont connectés mensuellement sur la messagerie WeChat de Tencent.

Voici donc, pour commencer, l’histoire du plus gros d’entre eux, Alibaba.

L’histoire d’Alibaba est fortement liée à la personnalité de son fondateur, Jack Ma, fils d’ouvrier devenu professeur d’anglais, et surtout un grand orateur. Ce self made man est devenu la première fortune de Chine en moins de 20 ans, avec une fortune estimée à 40 milliards de dollars, alors qu’il a été recalé à dix reprises à l’entrée de Harvard et refusé comme employé dans les premiers restaurants KFC ouverts en Chine…

Sa force : être un vrai show-man, et savoir tenir en haleine un auditoire qui lui a valu ses premiers succès professionnels, d’abord auprès des touristes visitant sa province de Hangzhou, puis en tant que professeur d’anglais. Il se faisait alors surnommer “Crazy Jack” , en raison de ses cours décalés et de son approche théâtrale.

Jack Ma
Jack Ma, fondateur d’Alibaba

Jack Ma découvre l’existence d’Internet en 1995 à l’occasion d’un voyage aux États-Unis, où il accompagne une délégation en tant qu’interprète. La légende veut qu’il accède à un ordinateur connecté au Web, tape le mot « bière » dans un moteur de recherche, et finisse par se rendre compte qu’aucune information sur la Chine n’est aisément accessible. Réelle ou fantasmée, cette anecdote lui donne l’idée de créer dès son retour ce qui deviendra l’un des premiers sites Web chinois, un annuaire baptisé China Pages.

Quatre ans plus tard, il réunit l’équivalent de 60 000 dollars américains auprès de 18 amis, pour lancer son nouveau projet. Alibaba naît en 1999 sous la forme d’une plateforme consacrée à la mise en relation des petites entreprises chinoises avec le reste du monde, via un site internet. Le succès est immédiat. Alibaba lève des fonds l’année même de sa création auprès de la banque américaine Goldman Sachs et de l’opérateur japonais SoftBank.

En 2003, Alibaba décide de répliquer son modèle en direction des internautes chinois avec la création de Taobao, son site de ventes aux enchères entre particuliers. Le lancement intervient quelques mois après que l’américain eBay a investi 180 millions de dollars pour racheter le leader chinois du secteur et propulser sa propre marque dans le pays.

 

Taobao
Le site Taobao de vente aux enchères

 

Plutôt que de baisser les bras, Jack Ma galvanise ses troupes à l’occasion d’un discours devenu célèbre : « eBay est peut-être un requin dans l’océan, mais je suis un crocodile dans le fleuve Yangtsé. Si nous nous battons dans l’océan, je perds — mais si nous nous affrontons dans le fleuve, je gagne », leur lance-t-il. Alibaba dispose en effet d’un atout non négligeable, commun à tous les acteurs de notre saga BATX : la parfaite connaissance de son marché domestique.

Taobao réplique à l’arrivée d’eBay en proposant la publication d’annonces gratuites, une messagerie instantanée intégrée et les premières briques de ce qui deviendra l’un des piliers du développement du groupe : le service de paiement Alipay. Littéralement balayé, eBay finira par fermer son antenne chinoise en 2006, non sans avoir essayé de racheter Taobao.

En 2005, le portail américain Yahoo! investit 1 milliard de dollars en échange de 40% du capital d’Alibaba. La croissance du groupe se poursuit à vitesse géométrique, au fur et à mesure que la population d’internautes chinois explose. Le site Alibaba.com, en anglais, devient la place de marché de référence pour l’export. Taobao règne en maître sur les échanges entre particuliers. Aliexpress permet aux revendeurs chinois d’inonder le monde de leurs produits à petit prix. Alipay et les nombreux services annexes développés par le groupe sous-tendent le fonctionnement de l’ensemble.

 

Aliexpress

La notoriété d’Alibaba explose en 2014, quand le groupe se lance en bourse à Wall Street. A la différence de ses homologues américains, Jack Ma fait profil bas, même si en 2013, Alibaba a supervisé près de 250 milliards de dollars de transactions, soit plus que ce qu’ont enregistré Amazon et eBay réunis. En quelques jours, le groupe chinois lève plus de 25 milliards de dollars, un record à l’époque. Jack Ma peut ainsi se targuer d’avoir réalisé la plus importante introduction en bourse de l’histoire du Web, loin devant Facebook ou Google.

Alibaba capte désormais 80% du marché chinois et s’étend à l’international, notamment aux États-Unis et dans d’autres pays comme la France.

Jack Ma continue de s’investir à fond dans l’entreprise, et à dénoter dans ce monde très normé. Chacune de ses apparitions publiques est un show : pour les dix ans d’Alibaba, il monte sur scène habillé en punk, avec piercing au nez et crête sur la tête. En 2015, pour la fête des célibataires, le jour le plus lucratif d’Alibaba, il fait venir Daniel Craig, le James Bond actuel, sur scène. Il est aussi capable de chanter le Roi Lion à ses 80 000 employés, ou bien d’arriver déguisé en Michael Jackson.

Fin 2018, il annonce prendre sa retraite, à 54 ans, pour se consacrer à des projets philanthropiques dans l’éducation. Au même moment, Alibaba prépare une nouvelle étape de son développement avec le lancement d’une seconde introduction en bourse, à Hong-Kong cette fois, sur fond de durcissement des relations commerciales entre Pékin et Washington. C’est Daniel Zhang, ancien PDG de Taobao, qui reprend les rennes de l’entreprise en septembre 2019.

Alibaba en chiffres :

  • 56 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2018, en hausse de 51% sur un an
  • 11,6 milliards de dollars de bénéficies nets en 2018
  • Plus de 750 millions d’utilisateurs actifs à travers le monde
  • 721 millions d’utilisateurs mobiles mensuels
  • 86.000 salariés

 

Alibaba Groupe
Les enseignes du Groupe Alibaba

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Lynley dit :

    Fantastique ! Je connaissais sans connaitre, maintenant je suis plus à l’aise. Merci.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci et belle journée Lynley 🙏

      Aimé par 1 personne

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