Le saviez-vous ? Les bonnes manières


Qu’on l’appelle civilité, bienséance ou politesse, le respect des bonnes manières est ancré dans notre histoire et incarne un art de vivre ensemble. La politesse appartient à tous les aspects de la vie privée et publique, elle est au cœur des institutions et des mœurs politiques d’une époque. Mais que reste-il de l’enseignement des bonnes manières aujourd’hui ? Ont-elles changé ou sont-elles similaires ? Et d’où viennent-elles ?

On admet généralement que le mot « politesse » vient du latin politus, lui-même issu du verbe polire signifiant, au sens propre, l’action de polir et, au sens figuré, celle d’orner avec élégance. Après un passage par l’italien pulitezza (désignant l’élégance et le soin), politus finit par donner le français « politesse », attesté dès le XVIe siècle, mais dont le sens actuel ne daterait que du XVIIe siècle.

Nos règles de politesse actuelles sont issues des codes de l’aristocratie de l’Ancien Régime. L’homme a créé ces règles à l’époque pour rester en bonne santé (en se tenant à une distance respectable d’autrui, on évite diverses infections), mais aussi pour marquer son rang.

L’un des premiers manuels de civilité que l’on connaisse fut celui d’Érasme, imprimé à Bâle en 1530, et réimprimé à la la suite de ses célèbres Colloques sous le titre « De civilitate morum puerilium« . Érasme l’avait écrit pour Henri de Bourgogne, fils d’Adolphe, prince de Weere et petit-fils de la marquise de Weere, protectrice de l’écrivain. Ce manuel fut ensuite beaucoup copié et adapté, en France mais aussi partout en Europe. La France à cette époque était considérée comme le pays le plus poli et le plus élégant d’Europe.

Pourtant, dès 1789, la France va connaître une fracture brutale de son savoir-vivre. Sous la Terreur, la vieille civilité de l’aristocratie doit disparaitre, au même titre que les privilèges et la société d’ordres. Et les règles de politesse qui vont avec. Il ne faut surtout pas montrer qu’on a de l’affection pour la façon de vivre des bourgeois. Il devient de bon ton d’être le plus vulgaire et le plus sale possible. On ne vouvoie plus, et Monsieur ou Madame se transforment en « citoyen », « citoyenne ».

bonnes manières livre 3

Ce retour arrière ne dure que quelques décennies. Dès la chute de Robespierre à la fin du XVIIIe siècle, la tendance prend une autre allure. Napoléon officialise l’Etiquette, un code de bienséance, ensemble de règles et de normes sociales. Ce que l’on appelle les «bonnes manières» reviennent et se sophistiquent.

Au XIXe siècle et jusqu’en 1914, tout étant à refaire, la politesse bourgeoise va donc se redévelopper et réhabiliter le savoir-vivre. Le bourgeois, pour exister et marquer sa différence sociale, réinvente des règles de civilité. Pour l’aider dans cette tâche, des manuels de savoir-vivre apparaissent à partir de 1808 et se multiplient, avec la même logique que celle du Code civil (sous forme de « lois »). Les bonnes manières se diffusent dans toutes les couches de la société, en même temps d’une exigence sans cesse grandissante des contraintes.

Tous ces codes de la politesse bourgeoise sont marqués par la position particulière de la femme à l’époque : La femme bénéficie d’une supériorité morale et l’homme lui doit le respect. Si l’homme lui offre le bras gauche, c’est pour laisser libre le bras droit qui peut protéger, y compris par l’usage de l’épée… ; si le couple entre dans un endroit public – et donc peu sûr – l’homme doit précéder ; et l’usage d’un couteau tranchant pour couper la volaille est réservé à l’homme car il faut épargner aux femmes l’usage « d’une violence et d’une force qui leur est étrangère »…

bonnes manières baise-main

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les vieilles règles s’assouplissent, puis tendent à se diluer, car les mœurs ont changé : on ne pratique plus le duel, l’électroménager remplace peu à peu les domestiques, la pauvreté oblige à réduire la surface de son appartement, et les femmes poursuivent leur émancipation en gardant le travail quelles avaient du assumer pendant la guerre. Bref, les convenances passent encore une fois à la trappe.

Cette disparition progressive des rites de politesse va se poursuivre jusqu’en 1968, qui accentue la tendance (les soixante-huitards vont jusqu’à qualifier la galanterie de « domination masculine »). On ne trouve plus la politesse que dans les milieux BCBG (bon chic bon genre), dans une élite.

Une fois cette nouvelle révolution passée, peu à peu, le savoir-vivre va renaître, porté par l’ouverture internationale. En effet, la France a toujours gardé son image de pays « galant » et bien élevé, que les étrangers viennent rechercher sur notre territoire . Des écoles de bonnes manières se mettent à proposer des cours de savoir-vivre, où on apprend la fameuse «French étiquette» de Napoléon. Sébastien Talon, professeur à La Belle École, à Paris, enseigne comment se présenter, s’exprimer, se comporter pendant un déjeuner d’affaires ou un cocktail mondain. On y ré-apprend la galanterie qui s’était perdue jusqu’alors, ainsi que les codes de bienséance entre collègues.

Ces leçons de bonnes manières étant de plus en plus en vogue, les médias sautent sur l’occasion. En 2006, Nadine de Rothschild anime sur M6, l’émission En voilà des manières!, où elle juge et apprend à des jeunes femmes à se comporter élégamment, comme des modèles.

À ce jour, les codes de bienséance n’ont fondamentalement pas changé. Ils se sont juste adaptés aux moyens de notre époque. Certaines manières sont admises à des spécialistes, et pourtant mal vues pour un individu lambda. Par exemple, flairer puis boire le vin à petites gorgées sera mal perçu, sauf si vous êtes juré lors d’un concours de dégustation ou simplement œnologue. Tout comme le chef étoilé peut «mâchonner» la bouche ouverte, pour laisser échapper les arômes. Hors de question évidemment pour un invité de faire de même chez son hôte.

La plus récente des chartes de bon comportement est la « Nétiquette« , qui dicte les bonnes pratiques sur Internet et les réseaux sociaux. Elle est apparu en 1994.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Lynley dit :

    Toujours très intéressant, comme d’habitude. La politesse me parait assez indispensable mais effectivement attention quand elle devient paternaliste 😉

    Aimé par 1 personne

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