Le Rewilding, ou comment repeupler notre planète de ses espèces animales


Les territoires sauvage représentent 23 % des territoires de la planète, alors qu’ils représentaient 80 % au début du siècle. Les scientifiques sont unanimes : la sixième extinction de masse est en cours. En 40 ans, nous avons perdu 60 % des espèces animales sauvages.

Pour remédier à cette affolante érosion de la biodiversité, les pouvoirs publics et certaines associations procèdent à des renforcements de populations existantes ou des réintroductions d’espèces sauvages dans leur milieu naturel pour repeupler certains territoires. On appelle cela le « réensauvagement » ou le « rewilding » en anglais.

Pourquoi réintroduire une espèce menacée ? Tout simplement parce que les écosystèmes sont des ensembles en équilibre dont la disparition d’un composant peut entraîner son instabilité. Réintroduire une espèce disparue de son territoire dans un passé récent permettrait de rétablir l’harmonie. C’est pourquoi les initiatives se multiplient afin de préserver la biodiversité des menaces qui pèsent sur elle.

Il existe plusieurs types de réintroduction selon l’origine des animaux réintroduits.
Les individus, du fait de la rareté de l’espèce, sont généralement nés et élevés en captivité dans un lieu de conservation artificiel, et n’ont donc jamais vécu dans leur habitat naturel. Ce type de réintroduction est appelé « réintroduction à partir d’un lieu de conservation ex situ ». Dans les autres cas de réintroduction, ce sont des individus prélevés (ou déplacés) du milieu naturel, par transfert géographique de l’espèce : c’est alors une « réintroduction partir d’un lieu de conservation in situ ».

Les plans de réintroduction ont souvent été proposés par de grandes ONG et le sont de plus en plus par les États. Ils s’appuient en général sur le RSG (Reintroduction Specialist Group), groupe de scientifiques créé par l’UICN, l’Union Internationale de la Conservation de la Nature, et spécialistes de la réintroduction des espèces. En France, plus de 50 espèces bénéficient d’un plan national d’action (PNA) qui aboutit parfois à des réintroductions (ours, lynx, hamsters, bouquetins, rapaces ont été réintroduits).

rhinocéros noir
Rhinocéros noir d’Afrique du Sud, sur le point d’être réintroduit au Tchad en mai 2018

La réintroduction animale n’est cependant pas une chose simple. Dans la plupart des pays, elle demande une autorisation administrative, délivrée par l’autorité chargée de l’environnement. Le responsable du projet doit fournir un dossier scientifiquement argumenté pour démontrer l’intérêt patrimonial de la réintroduction ainsi que la présence antérieure de l’espèce sur le site. Les critères de réussite sont nombreux :

  • Les causes qui ont conduit au déclin de l’espèce doivent être inventoriées et évaluées pour éventuellement y remédier, pour préserver les individus relâchés et ainsi éviter une réintroduction inutile.
  • La zone choisie doit présenter ou avoir présenté des individus de l’espèce en question afin de pouvoir accueillir les individus et suffire notamment à leurs besoins en nourriture. Elle ne doit donc pas être trop dégradée.
  • Les animaux qui sont réintroduits, s’ils vivent en captivité depuis plusieurs années, doivent être préparés à ce retour à leur habitat naturel dont les conditions de vie sont différentes de celles qu’elles rencontrent en captivité. Car ils peuvent présenter une perte d’adaptation génétique.
  • Les animaux proposés doivent subir plusieurs tests vétérinaires afin de ne pas contaminer la population déjà présente dans le milieu, et ne doivent pas être trop éloignés génétiquement de la population naturelle.
  • Il faut s’assurer que les autres animaux ne vont pas fuir devant l’apparition de ce nouveau « voisin » qui vient s’immiscer dans leur vie.
  • Dès le début du lâcher et durant plusieurs années, les animaux doivent être suivis  afin de pouvoir déterminer si la réintroduction est un succès (survie des individus, déplacement des individus, rencontre des congénères, reproduction…). Pour cela plusieurs techniques de suivis sont utilisées, dont le radio-suivi.
  • Les habitant des régions concernées doivent accepter sa présence et accepter d’arrêter le braconnage, qui constitue souvent la cause de la disparition de l’espèce.
frein à la réintroduction
Manifestation d’éleveurs de moutons, contre la réintroduction du loup

Certains scientifiques sont sceptiques quand à l’efficacité de la réintroduction. En effet, les réintroductions animales ne se passent pas toujours au mieux et selon les espèces, fait face à de nombreux freins venant de la population : peur d’être attaqué, concurrence pour la nourriture avec les troupeaux des éleveurs locaux, perte de revenus du braconnage… Il est donc essentiel avant toute réintroduction, de résoudre d’abord les conflits d’intérêt par la médiation en recherchant des solutions viables pour les différentes espèces en jeu, dont l’Homme.

Voici quelques exemples de réintroductions réussies.

Le gypaète barbu dans les Alpes

Le gypaète barbu est l’un des plus grands rapaces des régions montagneuses d’Europe. Considéré comme un prédateur sanguinaire, ce charognard a été persécuté au début du XXe siècle. La forte pression humaine entrainant la raréfaction de la nourriture, l’empoisonnement, la chasse et la dégradation de son milieu ont provoqué sa disparition dans les Alpes, le classant dans les espèces « en danger » selon l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Grâce au programme d’élevage mis en place par de nombreux parcs zoologiques, sa réintroduction a permis de relâcher 190 oiseaux entre 1986 et 2012 dans quatre sites différents (Autriche, Haute-Savoie, Suisse et Alpes méridionales). Malgré des débuts difficiles, l’espèce parvient à présent à se reproduire dans son milieu naturel. Environ soixante naissances ont eu lieu depuis 1997, et aujourd’hui, plus de 140 gypaètes volent à nouveau au-dessus de l’arc alpin.

gypaete barbu

Le cheval de Przewalski dans les steppes de Mongolie

Découvert au XIXème siècle en Mongolie par l’explorateur russe Nikolaï Przewalski et considéré comme la dernière espèce de chevaux sauvages, le cheval de Przewalski a été victime des chasseurs et des captures des zoos européens, le classant comme « éteint à l’état sauvage » par l’UICN en 1990.  Depuis, divers projets de conservation ont été mis en place pour réintroduire l’espèce dans les steppes désertes de Chine, de Mongolie, et de Russie. Certains de ces cheveux sont élevés en France avant la réintroduction. Aujourd’hui, environ 2.000 chevaux vivent en liberté et sont tous descendants de seulement 12 chevaux sauvages capturés, parmi lesquels une jument de Mongolie nommée Orlitsa et offerte à un responsable militaire soviétique Kliment Vorochilov lors de sa visite dans le pays en 1957.

 

cheval de Przewalski1

Le loup gris dans le parc de Yellowstone

Le loup gris a failli disparaitre d’Amérique du Nord à cause des campagnes d’éradication menées dans les années 1930, le faisant finalement s’éteindre dans le parc national de Yellowstone dans les années 1970. 31 canidés y ont été réintroduits entre 1995 et 1996, qui sont devenus une centaine en l’espace de cinq ans. Cette population de loups a eu un effet bénéfique sur la chaine alimentaire de l’écosystème du parc et a permis de réguler la faune environnante : l’effectif des grands herbivores qui étaient devenus trop nombreux, comme les wapitis, a été réduit grâce à la prédation des loups. Cela a permis à la flore de se renouveler et au bison et au castor d’être ainsi sauvés. Enfin, les carcasses laissées à nouveau par les carnivores ont permis aux charognards (aigles, coyotes, corbeaux) de trouver de nouvelles sources de nourriture.

loup gris

Le tamarin-lion doré en Amazonie

Le tamarin-lion doré est un petit singe originaire du Brésil. Très menacé par la déforestation, la fragmentation de son habitat et le braconnage, il a failli disparaître dans les années 1970 avec une population d’à peine 200 individus. Un plan de conservation a alors été établi en 1990. 150 individus issus des programmes de reproduction en parcs zoologiques ont été relâchés dans les forêts brésiliennes.  Depuis, la population sauvage a augmenté de 80%, comptant à présent plus de 1000 tamarins. Après trente années d’efforts, son statut de conservation a été révisé, passant de « en voie d’extinction » à celui de « en danger » selon l’UICN.

tamarin

L’ours brun dans les Pyrénées

Parmi les réintroductions les plus emblématiques, il y a celle de l’ours. L’espèce fait toujours partie des trois mammifères en danger critique d’extinction en France. La population d’ours bruns dans les Pyrénées a connu un rapide déclin depuis le début du XXe siècle, qui ne comptait alors qu’environ 150 individus. En 1995, on n’en comptait plus que cinq. Un plan de renforcement de la population a été mis en place depuis 1996, par le biais de nombreux lâchers dont les derniers datent de 2018. Aujourd’hui, une quarantaine d’ours ont été recensés sur l’ensemble des Pyrénées, mais les études montrent qu’il faudrait atteindre au moins 50 individus matures pour que leur population soit viable. De nouvelles réintroductions sont donc nécessaires, mais de nombreux bergers de montagne y sont opposés par crainte d’attaques d’ours sur leurs troupeaux. Malgré les solutions proposées pour rendre cette cohabitation possible, comme l’aide de chiens ou une surveillance plus fréquente des ovins, les éleveurs refusent toute nouvelle réintroduction, jugeant le plantigrade trop dangereux.

ours brun

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