Le saviez-vous ? Georges Méliès, le magicien du cinéma


Georges Méliès naît à Paris en 1861 dans une famille bourgeoise. Il fait ses études au lycée Louis le Grand. Après son baccalauréat, et alors qu’il souhaite devenir peintre, Georges Méliès travaille un temps dans la fabrique de chaussures de son père, qui lui fait apprendre le métier de mécanicien puis l’envoie travailler en Angleterre pour y étudier la langue. Il y découvre la magie: un univers inconnu et fascinant. Il fréquente l’Egyptian Hall, salle de spectacle et d’exposition, où se produit le célèbre illusionniste David Devant qui l’initie à son art. En échange, Méliès lui fabrique ses décors.

De retour à Paris en 1885, il travaille dans la fabrique paternelle et épouse Eugénie Genin, une pianiste d’origine hollandaise qui lui apporte une dot confortable. Parallèlement, il donne des séances de prestidigitation dans des brasseries et au cabinet fantastique du musée Grévin, tout en étant journaliste et caricaturiste dans un journal satirique.

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Georges Méliès illusionniste, au début de sa carrière

Bien décidé à vivre de son art, il vend en 1888 ses parts de l’entreprise familiale à son frère afin de racheter le Théâtre des Soirées fantastiques, communément appelé Théâtre Robert-Houdin et situé boulevard des Italiens. Méliès y récupère le matériel des Soirées Fantastiques dont une dizaine des automates construits par Robert-Houdin. Devenu le directeur du théâtre, il y crée l’Académie de prestidigitation qui se transformera en 1893, en Syndicat des Illusionnistes. Il en reste le président pendant une trentaine d’années.

Il a 33 ans quand il assiste en 1895 à la première séance publique des frères Lumière. Ébloui, il entrevoit le premier la dimension artistique du cinéma et va la révéler au public. Il fabrique sa propre caméra et fonde une société de production, la Star Film, et projette son premier film dans son théâtre.

Ses premiers films sont classiques et ressemblent à ceux des frères Lumière avec des scènes de la vie quotidienne mais aussi reproduisent des numéros de prestidigitation. En 1897, pour 50 centimes, le spectateur peut assister à une séance de trois quarts d’heure pour voir Le Château hanté, le premier « grand film » mesurant soixante mètres au lieu d’une moyenne de dix-sept auparavant.

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Affiche du film A la Conquête du Pôle Nord

Afin de renouveler le genre et attiser l’intérêt du public, Méliès a l’idée non plus de tourner des scènes de la vie quotidienne, mais de monter des fictions et montrer le « cinéma dans sa voie théâtrale spectaculaire« . Ses films deviennent poétiques, fantastiques, mystérieux, naïfs et plein d’humour. Comme les tournages en extérieur ne sont pas simples, il imagine la création d’un grand studio où l’on pourrait effectuer des prises de vues de scènes d’extérieur. Il investit la maison paternelle qui avait été acquise à Montreuil en 1860 et y fait construire ses deux studios, les premiers de cinéma du monde. Il y tournera l’intégralité de ses films, soit environ 520 œuvres, colorisées à la main, image par image.

Il crée de nouveaux métiers inconnus jusqu’alors, mais indispensables au cinéma : producteur, réalisateur, scénariste, décorateur, acteur, opérateur, directeur d’acteurs… Il joue lui-même et fait tourner sa famille, ses voisins et ses amis mais aussi des acteurs, des amateurs recrutés dans la rue, des artistes de music-hall, des danseuses du Châtelet. Le cachet des acteurs est le même pour tous : un louis d’or plus le déjeuner.

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Méliès dans son studio de Montreuil

Méliès filme devant des décors peints, largement inspirés par les spectacles de magie de son théâtre. Cette pratique lui vaut le surnom de « mage de Montreuil« . Contrairement à ses contemporains, il ne travaille pas en gros plans, mais essentiellement des plans d’ensemble avec une caméra fixe. L’illusion étant la base de son cinéma de divertissement, il invente en les combinant aussi bien les effets qui relèvent du théâtre (machinerie, déroulants, maquettes, mannequins, pyrotechnie) que les truquages purement cinématographiques, qu’il réalise par arrêt de la caméra ou surimpression (simple, multiple, sur fond noir, avec cache, fondu). Enfin, le flou et même le travelling sont parfois utilisés.

Son film le plus connu est Voyage dans la Lune, inspiré du roman de Jules Verne, projeté en juillet 1902. Ce film bat tous les records : de longueur (260 mètres), de durée de tournage (trois mois) et du prix de revient (10 000 francs). Le film emporte un tel succès commercial qu’il est maintes fois piraté, notamment aux États-Unis par la firme de Thomas Edison.

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L’une des planches du film Voyage dans la Lune

 

En 1908, les Films d’Art, la société de production des frères Laffite, sortent leur premier film, L’Assassinat du Duc de Guise, qui lance la vogue des films à caractère historique qui vont démoder les autres genres. Face à cette concurrence, la Star film interrompt ses productions en 1910. Alors que Georges Méliès est retourné à la prestidigitation, Pathé vient le chercher pour réaliser un nouveau film Les hallucinations du baron de Münchhausen qui sort en 1911, puis La conquête du Pôle l’année suivante. Mais Méliès n’arrive plus à attirer vers lui le grand public et les loueurs de films refusent de prendre ses œuvres.

Au même moment, sa femme meurt et il se retrouve dans une situation financière très délicate. La guerre éclate et entraîne la fermeture du Théâtre Robert-Houdin. Georges Méliès ouvre une salle de théâtre dans l’un de ses studios de Montreuil, où il monte avec toute sa famille des spectacles entre 1915 et 1923. Cette année là, c’est la mort dans l’âme qu’il doit revendre, poursuivi par des créanciers, l’ensemble de la propriété familiale. Les studios de Montreuil sont fermés et c’est la ruine. Ses films sont soit détruits (fondus pour en extraire l’argent), soit vendus pour produire les talonnettes des chaussures destinées aux poilus sur le front de guerre.

En 1925, Méliès épouse Jehanne d’Alcy, son actrice fétiche, et s’installe avec elle derrière le comptoir de la boutique de jouets et de bonbons qu’elle tient dans le hall de la gare Montparnasse.

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Méliès dans son magasin de jouets de la gare Montparnasse

C’est là que Léon Druhot, le directeur de Ciné-Journal, le retrouve en 1929 et le fait sortir de l’oubli. Le cinéaste va alors se battre avec acharnement pour la reconnaissance de son rôle d’inventeur du spectacle cinématographique, de ses découvertes techniques et du rôle primordial de la France dans les 10 premières années du cinéma. Parrainé par Louis Lumière, il reçoit la Légion d’Honneur le 22 octobre 1931. L’année suivante, il s’installe au château d’Orly, la maison de retraite de la Mutuelle du cinéma, où il termine sa vie auprès de Jeanne d’Alcy. Il y meurt en 1938 et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Sur son lit d’hôpital il terminait encore des maquettes de décors pour la réalisation d’un film fantastique d’un certain jeune metteur en scène Jacques Prévert…

A ce jour, on a retrouvé 200 films sur les 520 réalisés, dont beaucoup de doublons colorisés qui avaient été faits sur des copies, proposées en alternative aux éditeurs lors de la sortie des films. Ce qui a permis de sauver une partie de ce patrimoine unique. Malheureusement, à chaque copie, la définition s’estompe, les gris disparaissent et l’image se fait irrémédiablement contrastée, au point d’être difficilement regardable. Ces films sont restaurés régulièrement avec les dernières technologies photochimiques et numériques, mais les informations et les contrastes perdus le sont malheureusement à jamais.

Et si vous voulez en savoir plus sur la vie de cet homme extraordinaire, inventeur du 7ème Art et des effets spéciaux, n’hésitez pas à regarder le magnifique film tournée par Martin Scorcese et qui lui rend hommage, Hugo Cabret, dans lequel Georges Méliès est interprété par Ben Kingsley.

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Planche du film Voyage dans la Lune

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