Est-ce bientôt la fin des records sportifs ?


L’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (Irmes) prédit que d’ici à 2027, la moitié des records du monde ne seront plus améliorables de façon significative, à moins d’utiliser des chronomètres mesurant les millionièmes de seconde.

Les ingénieurs de l’Irmes ont analysé l’ensemble des quelques 3500 records du monde établis entre 1896 — date des premiers JO modernes – et aujourd’hui dans 5 disciplines olympiques (athlétisme, natation, cyclisme, patinage de vitesse, haltérophilie). Grâce à ces données, ils ont pu élaborer un modèle statistique qui prévoit que la totalité des records tendraient vers leurs limites absolues vers 2060, sauf à imaginer des modifications génétiques. « Les limites sportives stagnent ou ne progressent que très peu, voire déclinent dans certains sports comme le lancer du poids, ce qui suggère que nous sommes en train de parvenir au bout des capacités physiologiques de l’espèce humaine », explique Geoffroy Berthelot, bio-informaticien membre de l’équipe ayant réalisé l’étude.

Ces résultats sont confirmés par d’autres équipes de chercheurs internationaux. La limite serait même déjà atteinte pour le 1500 mètres féminin. Et le record du saut en longueur datant de 1991 ne devrait pas être dépassé avant les années 2040. Quant au 100 mètres masculin, aucun sprinter ne devrait pouvoir descendre en dessous de 9,44 secondes.

Schéma montrant la stagnation des performances sportives sur 3 sports d’athlétisme

L’analyse de l’évolution annuelle du nombre de records et des gains de performances montre une progression rapide entre 1896 et 1968, uniquement interrompue par les deux guerres mondiales. A partir de 1968, cette progression a subi un important ralentissement, alors même que durant cette période les techniques d’entraînement et de recrutement des sportifs se sont considérablement perfectionnées.

Comment expliquer une telle stagnation ? Plusieurs raisons sont avancées, liées à l’exploitation de tous les facteurs de progrès depuis la fin du 21e siècle et à la limite de la biologie de l’homme. Avec les progrès de la science, la pratique du sport de compétition a fondamentalement changé depuis cinquante ans. L’élévation du niveau de vie a permis d’assurer de meilleures ressources nutritionnelles à l’homme. La condition physique et l’état de santé des sportifs ont été optimisés, y compris sur le mental. Les avancées bio-médicales permettent d’améliorer les capacités de récupération, et de soin en cas de blessure.

Des programmes de détection précoce des futurs athlètes ont été mis en place, avec un accès au sport d’un nombre toujours croissant de personnes (notamment en Chine). L’utilisation de nouveaux matériaux a été systématisée, comme les perches et les chaussures ultralégères en fibre de carbone ou les combinaisons de natation en polyuréthane. Avec l’utilisation de ces combinaisons en 2008 aux JO de Pékin (interdites depuis), 25 records du monde de natation avaient été battus. Sans oublier que quantité de records olympiques ont été battus durant la guerre froide, période marquée par le dopage d’État.

Combinaisons en polyuréthane utilisées pendant les JO de Pékin en 2008

Il semble donc que l’homme soit bientôt au bout de ses limites en terme de physiologie.

Cependant, les progrès de la science pourraient changer la donne, si l’on imagine utiliser les thérapies géniques pour améliorer toujours plus les performances sportives. Les chercheurs ont déjà identifié plusieurs gènes associés à la performance. Par exemple, la vitesse de course implique notamment le gène acnt3, qui joue sur l’ancrage des filaments d’actine aux stries z du sarcomère (l’unité de base des microfibrilles dont sont constitués les muscles squelettiques).

Par ailleurs, certaines disciplines longtemps interdites aux femmes, comme le marathon, laissent entrevoir de belles possibilités d’évolutions.

Hormis les paramètres scientifiques, les facteurs environnementaux peuvent aussi favoriser les records. La température, l’alti­tude, le taux d’humidité, la pression atmosphérique, le vent, ont une influence, jusqu’ici peu étudiée. Les recherches récentes montrent par exemple le lien entre température et performance. Cela suggère que de nouveaux records pourraient être établis si l’on planifiait les compétitions avec des températures optimales.

Record du monde du 400 m haies battu aux JO de Tokyo (2021) par Karsten Warholm

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