Les « villes éponges » pour mieux lutter contre les inondations


La croissance urbaine rapide en Chine a entraîné une artificialisation importante des sols, perturbant significativement dans certaines villes le cycle naturel de l’eau et les effets de ruissellement des eaux de pluie. Conjugué aux effets du changement climatique, et notamment à l’augmentation des précipitations alternant avec des épisodes de sécheresse, ce phénomène conduit à d’importants risques d’inondations. Un problème de pollution apparaît également, car du fait de la saturation du réseau, les eaux domestiques (des éviers, douches et toilettes) se mêlent aux eaux de pluie et se retrouvent dans la nature avant d’être traitées. Enfin, la biodiversité est touchée à cause de la perte des espaces verts urbains.

En réponse à cette problématique, le gouvernement chinois a décidé de prendre des mesures chocs, en lançant dès 2015 un vaste programme de création de « Sponge towns », qui vise à repenser la gestion de la ressource en eau dans les villes. Son objectif ? Faire en sorte qu’à l’horizon 2030, 80% des aires urbaines locales soient capables d’absorber et de réutiliser 70% des eaux de pluie torrentielles qui les touchent.

Le concept utopique de « ville-éponge » a été imaginé par l’architecte Peter Cook dans les années 1970, qui voit dans cette nouvelle forme d’urbanisme le rêve d’une ville qui s’absorbe dans son paysage.

Dessin de transformation d’une ville en « ville-éponge », imaginée par Peter Cook

S’inspirant des marécages, la ville éponge recrée un écosystème de zone humide plus à même de résister aux inondations. Suivant ses préceptes, à partir des années 1990 des urbanistes de la banlieue de Washington dans le Maryland commencent à se tourner vers les systèmes naturels pour aider à contrôler les problèmes d’eaux pluviales.

Les méthodes employées sont diverses : végétalisation des toits, récupération des eaux pluviales, création d’éponges de verdure comme des potagers et des espaces verts denses… Les « villes éponges » permettent ainsi une meilleure absorption de l’eau de pluie et rechargent les nappes phréatiques en sous-sol, le tout sans avoir besoin d’une aide chimique comme dans les stations d’épuration. Les plantes sont des éléments clés de ces systèmes. Elles absorbent l’eau par leurs racines et la libèrent dans l’air à partir de leurs feuilles. Les racines aident également à aérer le sol pour permettre à plus d’eau de s’infiltrer dans le sol.

Le parc Yanweizhou à Jinhua en Chine, fait pour accueillir les fortes pluies

En 2015, le gouvernement chinois a ainsi choisi 16 villes pilotes et alloué à chacune d’entre elles entre 400 et 600 millions de yuans pour la mise en œuvre de stratégies innovantes de gestion de l’eau qui les transformeraient en « villes éponge ». 14 autres villes ont été rajoutées ensuite.

Les intentions de l’ambitieux plan chinois sont doubles : améliorer la résilience urbaine face aux fréquentes inondations torrentielles menaçant la grande majorité des métropoles chinoises, et sécuriser leur approvisionnement en eau. Cette démarche propose ainsi des solutions pour absorber, stocker, drainer et réutiliser les eaux de ruissellement dans les grandes mégapoles. Elle encourage aussi la prévention des inondations en intégrant des principes d’urbanisme permettant d’améliorer la résilience des villes face aux inondations.

La première ville à prendre en main le sujet est Wuhan. Frappée en 2016 par de fortes inondations qui paralysent le centre ville, la mégapole de 11 millions d’habitants a entièrement repensé son urbanisation. Elle aménage depuis quelques années de gigantesques zones humides pour recréer les 127 lacs qu’elle avait dans les années 80, et qui ont quasiment entièrement disparu à cause de sa croissance excessive (il en reste 30). Des jardins pluviaux et des toits végétalisés complètent des dispositifs de « bio-rétention » d’eau sur les trottoirs et les chaussées grâce à la mise en place de revêtements routiers perméables.

La ville-éponge Wuhan

A Shanghai, ville la plus peuplée de Chine, également exposée au danger de la montée des eaux en raison de sa position côtière, le modèle de « ville éponge » est testé dans le quartier de Lingang. Les rues y sont construites avec des matériaux perméables, permettant à l’eau de pénétrer dans le sol. Les terres-pleins centraux, remplis de plantes, y sont transformés en jardins pluviaux. Une multiplication de parcs, un lac artificiel, des toitures végétalisées ou équipées de réservoirs viennent s’ajouter à ces éléments.

À l’image de ces deux villes pionnières, le parc aquatique urbain de 34 hectares dans la ville de Harbin dans le nord de la Chine, est un exemple de mise en place réussie d’une « ville-éponge ». Le parc créé pour recueillir les eaux de pluie fournit de multiples services écosystémiques : il collecte, nettoie et stocke les eaux pluviales et les laisse s’infiltrer dans le sol. En même temps, il protège et récupère les habitats naturels de la biodiversité environnante et fournit un espace public esthétiquement attrayant pour un usage récréatif.

Après son succès chinois, le modèle de la « ville-éponge » séduit les zones climatiques sur-exposées, des Caraïbes au Kenya, ainsi que les grandes mégalopoles telles que Singapour, Berlin ou New York. La ville de Copenhague a pour sa part mis en place un gigantesque plan de près d’1,5 milliard de dollars afin de mieux gérer ses eaux de ruissellement : expansion du réseau d’égouts, plantation d’herbe en remplacement de l’asphalte, création de zones de rétention d’eaux temporaires… Le tout crée un réseau absorbant qui achemine, tout en les ralentissant, les eaux pluviales.

Vue d’architecte de la future ville de Xiangyang, par le Cabinet Chapman Taylor

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