Le poulpe, cette créature fascinante


Animaux étranges et pourtant très complexes, les poulpes et leurs congénères les pieuvres ne cessent de fasciner les scientifiques, par leur incroyable intelligence. Les céphalopodes montrent en effet des capacités de mémorisation, d’apprentissage, d’orientation et d’adaptation à leur environnement hors du commun pour des mollusques. Ils savent par exemple ouvrir un pot en verre, reconnaître des individus, se repérer dans un labyrinthe complexe ou encore apprendre par l’entraînement à une tâche. Dans l’état actuel des connaissances, le poulpe est considéré comme le plus intelligent des invertébrés, avec des capacités comparables à celles des vertébrés.

Avec huit bras, trois cœurs et neuf cerveaux, les poulpes ou pieuvres (les deux termes sont synonymes et désignent le même animal) sont des céphalopodes, une classe d’animaux marins faisant partie des mollusques. Les ancêtres de la pieuvre, des mollusques, sont apparus dans les océans à l’ère primaire, voici plusieurs centaines de millions d’années. Environ 300 espèces se répartissent dans toutes les eaux marines du globe. Dotés de huit bras et d’un corps musculeux sans os ni coquille, leur système nerveux est composé d’à peu près 500 millions de neurones, soit autant qu’un chien. Mais contrairement à la plupart des vertébrés, dont la majorité des neurones sont dans l’encéphale central, chez les poulpes seuls un tiers des neurones sont logés dans le cerveau – lequel contrôle le système nerveux -, les deux autres tiers étant dans les lobes optiques et les 8 tentacules. Cette caractéristique rend les bras indépendants les uns des autres, mais capables de fonctionner ensemble pour atteindre le même objectif.

Composés d’environ 200 ventouses, ces bras peuvent se mouvoir et se tordre dans tous les sens et permettent à la pieuvre de toucher, sentir et goûter son environnement. Plusieurs expériences scientifiques ont démontré que les poulpes ont une conscience des mouvements de leurs bras, sans les voir. Cette conscience semble distincte de la proprioception, la capacité de notre cerveau à savoir, de façon consciente ou non, où se trouve notre corps dans l’espace.

L’intelligence des poulpes se révèle dans de nombreuses situations. Ils savent par exemple manipuler des objets et les transformer en outils, soit pour ouvrir un coquillage (avec un caillou par exemple), soit pour se protéger ; en Indonésie, on a observé des pieuvres (Octopus marginatus) transporter des noix de coco pour se cacher dessous en cas de danger.

Bébés pieuvres en train de naître

Doués pour l’attaque et la défense, ce sont des as du camouflage. Ils ont la capacité de changer de couleur et de texture de façon immédiate, et à volonté. Contrairement au caméléon, il ne s’agit pas d’un comportement réflexe mais bien d’un comportement volontaire, rendu possible grâce à des cellules pigmentées appelées chromatophores et à de multiples muscles couvrant leur épiderme. Thaumoctopus mimicus se distingue particulièrement dans ce domaine. Ce poulpe des mers tropicales d’Asie du Sud-Est est capable d’imiter une quinzaine d’espèces parmi lesquelles la sole, la rascasse, l’anémone de mer, la méduse, l’étoile de mer ou la murène, adaptant son imitation pour échapper à des prédateurs. Il est même capable de simuler sa mort.

Pieuvre se camouflant dans un rocher par mimétisme

Les pieuvres ont aussi une bonne mémoire : elles savent retenir des apprentissages pendant plusieurs mois et les adapter en fonction du contexte. Elles ont une bonne mémorisation spatiale, leur permettant de retrouver un refuge en se rappelant sa position dans l’espace. De nombreuses histoires rapportent que durant la nuit, des pieuvres de zoo s’échappent de leurs enclos pour manger les poissons dans les réserves voisines avant de retourner dans leur propre aquarium le matin venu. Elles peuvent aussi utiliser des repères visuels pour savoir comment orienter leur bras engagé dans un dispositif opaque ; ou retourner un objet pour le faire passer dans un petit orifice. Elles reconnaissent enfin des visages humains et s’attaquent à ceux qu’elles ne jugeront pas « gentils ».

Pour accompagner leur intelligence, les poulpes ont également d’autres aptitudes qui en font des organismes exceptionnels. Outre ses neuf cerveaux, le poulpe a également trois cœurs et du sang bleu, très riche en hémocyanine, qui remplace notre hémoglobine rouge et qui contient du cuivre. Ces caractéristiques permettent à l’animal de survivre dans certains environnements extrêmes, tant dans des eaux à -1,8 °C qu’à 30 °C. Certaines espèces sont même capables de rester un certain temps hors de l’eau pour chasser leurs proies. Leur encre toxique est utilisée autant pour chasser, que pour éviter les prédateurs.

Une pieuvre géante du Pacifique, l’espèce la plus grande au monde. Elle peut mesurer jusqu’à 9 mètres de long.

On peut également ajouter aux exploits de la pieuvre sa force exceptionnelle. Son bec osseux qui se trouve au niveau de sa bouche lui permet de transpercer les coquilles ou les carapaces de ses proies. Elle utilise aussi ses ventouses comme outil de pression, quasiment impossibles à détacher d’une surface une fois qu’elles y sont collées. Enfin, la pieuvre a également la capacité de régénérer ses tentacules s’ils sont coupés, ou de s’en débarrasser volontairement en cas de besoin.

On a longtemps cru que les poulpes étaient une espèce plutôt solitaire, n’acceptant les relations avec ses congénères que pour la reproduction. Or, on a découvert en 2017, au large des côtes australiennes dans la baie de Jervis, deux « villes » construites par des pieuvres, baptisées Octopolis et Octatlantis. Ces deux communautés ont largement montré les interactions et communications entre les pieuvres. Dans ces deux cités, situées entre 10 et 15 mètres sous la mer dans des environnements assez hostiles (forts courants et requins), une quinzaine de poulpes se sont regroupés, y ont construit des tanières provenant de coquilles et de restes de nourriture, communiquent et résident ensemble, chassant même les pieuvres indésirables. Même si ces villes restent des cas isolés, cela montre encore une fois la formidable capacité d’adaptation des ces animaux hors du commun.

Si vous voulez en savoir plus sur cet animal exceptionnel, n’hésitez pas à visionner « La Sagesse de la Pieuvre », oscar 2021 du meilleur documentaire, magnifique film qui relate l’histoire vraie de la rencontre entre une pieuvre et un plongeur sud-africain : Bande Annonce La Sagesse de la Pieuvre.

Pieuvre dans la « ville » Octatlantis

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Lynley dit :

    Merci pour cet article. Quel animal merveilleux ! et très beau documentaire en effet. Fascinant, même.

    Aimé par 1 personne

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